À la rentrée du MoDem, Philippe et Bayrou avaient des messages à faire passer à Macron

François Bayrou et Emmanuel Macron (photo d’illustration)
GONZALO FUENTES / AFP François Bayrou et Emmanuel Macron (photo d’illustration)

POLITIQUE - Les mises en garde vont-elles être entendues ? L’université de rentrée du MoDem samedi 30 septembre a donné l’occasion à François Bayrou, président du parti centriste, et Édouard Philippe, président d’Horizons, d’envoyer plusieurs messages indirects à Emmanuel Macron. Et il s’agit en réalité de mises en garde.

Le président du MoDem, allié de la première heure, a parfois pris ses distances avec la méthode de l’exécutif et certains propos présidentiels, en particulier pendant la réforme des retraites. Lors des mobilisations en mars, il avait par exemple refusé de reprendre l’expression d’Emmanuel Macron sur « la foule » pas « légitime » face « au peuple qui s’exprime à travers ses élus ».

Devant Stéphane Séjourné, président de Renaissance, il est allé plus loin samedi en demandant de « changer complètement de méthode » de gouvernement, estimant que gouverner en démocratie consistait non pas à « tenir bon », mais à « gouverner avec le peuple ». « Je crois que gouverner, ce n’est pas seulement gouverner au nom du peuple pour un temps défini, mais gouverner avec le peuple », a-t-il déclaré.

« La démocratie consiste à considérer les citoyens comme co-responsables. La démocratie, ça consiste à prendre au sérieux l’idée que ceux qui vous élisent sont des décideurs. Et pas seulement une fois tous les cinq ans », a-t-il fait valoir. « Ça nous impose de changer complètement de méthode de gouvernement. On n’y est pas. Parce que les pouvoirs en général croient que c’est comme autrefois. Les pouvoirs en général croient qu’il suffit de tenir bon », a-t-il développé.

Mais « au temps des écrans omniprésents et des réseaux sociaux, ça n’est pas concevable ». « Le poids de l’opinion publique est tel que s’il n’y a pas cette compréhension réciproque, cette compréhension partagée, alors vous êtes dans l’affrontement. Et si vous êtes dans l’affrontement, vous ne pouvez plus gouverner », a-t-il poursuivi. « Si nous n’arrivons pas à faire cela (...) je crois que la démocratie n’y résistera pas », a estimé le dirigeant du MoDem.

Philippe alerte sur « la bombe sociale » du logement

S’exprimant avant lui, son homologue d’Horizons Édouard Philippe a consacré son discours à la pénurie de logement, une « bombe sociale » et « urbaine » et « un des éléments de la crise démocratique que nous vivons. » Une expression pas anodine.

En parlant de « crise démocratique », l’ancien Premier Ministre reprend le terme que l’historien Pierre Rosanvallon avait utilisé pendant la réforme des retraites. « Qu’un président élu avec une majorité élue, certes relative, cherche à mener à bien un projet qui a été porté démocratiquement, ça ne s’appelle pas une crise démocratique », avait répliqué l’entourage du chef de l’État tandis que le porte-parole du gouvernement Olivier Véran réfutait l’expression.

Mais Édouard Philippe l’assume visiblement et pour la régler, il veut s’attaquer au pouvoir d’achat et donc au logement. . « Il n’y a aucune hypothèse pour que nous réglions les questions de pouvoir d’achat, de perspective de société du travail, si nous ne redonnons pas un peu de marge de manœuvre et si nous ne desserrons pas l’étau du logement en France aujourd’hui », a-t-il déclaré.

Le maire du Havre s’est aussi positionné contre l’interdiction de location des passoires thermiques actée en 2021. La mesure « part d’une analyse juste » mais « sortir du marché de la location les appartements classés en G (en 2025, NDLR), c’est mécaniquement réduire l’offre locative pour les plus modestes » et donc « une impasse », a développé le patron d’Horizons.

« Il faut déstresser le marché locatif sans rien céder à l’ambition écologique qui est la nôtre, qui est absolument impérative. Mais nous ne pouvons pas voir ce sujet qui arrive vite : 2025, c’est demain », a-t-il insisté. Les passoires thermiques restent un sujet clivant au sein de la majorité. Avant Édouard Philippe, Bruno Le Maire avait aussi formulé des critiques, s’attirant les regards désapprobateurs de certains de ses collègues.

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