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À Toulouse, pour l’Aïd el-Fitr, la police a demandé de compter les élèves absents

La rentrée à l’école élémentaire Cuvier de Toulouse, le 1er septembre.
La rentrée à l’école élémentaire Cuvier de Toulouse, le 1er septembre.

ÉDUCATION - La requête suscite l’indignation de la communauté éducative et de certains responsables politiques. Des policiers ont demandé aux chefs d’établissements scolaires de Toulouse de leur indiquer le nombre d’élèves absents le jour de l’Aïd el-Fitr, a appris l’AFP ce vendredi 19 mai de sources concordantes.

« Il a été demandé aux directeurs d’écoles et chefs d’établissements de fournir les chiffres de l’absentéisme le jour de l’Aïd », a déclaré à l’AFP une source syndicale, confirmant une information publiée par le quotidien régional La Dépêche du Midi. L’Aïd al-Fitr, fête marquant la fin du ramadan pour les musulmans, a eu lieu cette année le 21 avril, veille des vacances scolaires dans l’académie de Toulouse.

Cette demande a été faite par mail, sans l’aval du rectorat de Toulouse : « En aucun cas nous ne menons des enquêtes de la sorte », a déclaré à l’AFP Mostafa Fourar, recteur de l’académie. « Si quelqu’un a pris cette initiative, l’Éducation nationale n’y est absolument pas associée », a-t-il ajouté.

« Dès que les chefs d’établissements et directeurs d’écoles nous ont informés de cette requête, consigne a évidemment été donnée de ne pas y répondre », a précisé Mostafa Fourar.

« Une maladresse »

Selon une source proche du dossier, « il s’agit d’une maladresse ». « Les services du renseignement territorial sont passés par des policiers référents de l’Éducation nationale, leur message était mal formulé, mais demander un taux d’absentéisme, ce n’est pas du fichage ni des données nominatives », a souligné cette source.

Ce travail du renseignement territorial s’inscrit dans un contexte de « regain d’atteintes à la laïcité en milieu scolaire » durant la période du ramadan, selon cette même source, avec par exemple « des défis pour les réseaux sociaux pour se filmer avec un voile » ou des refus de participer à des cours de chant et de musique.

Les élèves sont réglementairement soumis à l’obligation d’assiduité, mais des autorisations d’absence peuvent être délivrées aux familles qui en font la demande pour une fête religieuse.

« En cas d’absence de leur enfant, les parents doivent sans délai faire connaître au directeur de l’établissement scolaire les motifs de leur absence, mais il ne revient pas aux services de demander s’ils vont être absents, conformément au respect de la confidentialité des croyances », selon le ministère de l’Éducation nationale.

« Du fichage religieux »

« On ne comprend pas comment on a pu avoir cette initiative, sans qu’elle ait été discutée nulle part. Cela pose question car manifestement les services de l’État n’ont pas parlé à l’Éducation nationale », a estimé Pierre Priouret, secrétaire général du Snes-FSU Toulouse.

« On n’en revenait pas, on a cru que c’était un spam », a confié Mathilde (son prénom a été modifié), une directrice d’école de Toulouse interrogée par La Dépêche du Midi.

Selon le quotidien, une demande similaire a été faite début mai dans l’Hérault.

La démarche a suscité l’indignation de certains élus, notamment dans les rangs de La France insoumise à l’Assemblée nationale. « Cela contrevient au principe de laïcité et s’apparente à du fichage religieux sous fond (sic) d’islamophobie », a ainsi dénoncé le député de Haute-Garonne François Piquemal. « C’est gravissime », fustige de son côté le député du Val-d’Oise Paul Vannier. « Le RN en rêve, la macronie mobilise les services de l’État pour le réaliser », écrit quant à elle l’élue de Seine-Saint-Denis Nadège Abomangoli.

« Est-ce le rôle de la police ? », s’est aussi interrogée Annie Lahmer, conseillère régionale EELV en Île-de-France.

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