Mes élèves et moi avons repris l'école et c'est une calamité - BLOG

Béa R.
Des jours de préparation et de réflexion qui n’ont abouti à rien ou pas grand-chose. Une réunion la veille avec toute l’équipe histoire de prévisualiser le désastre qui nous attend. Pas de gel hydroalcoolique, cinquante masques pour une équipe de dix instits. On ne va pas aller bien loin… De toute façon, on ne nous demande pas de nous projeter. Il y a urgence. (image d'illustration)

“Cinq heures du mat’ j’ai des frissons

Je claque des dents et je monte le son

Seul[e] sur le lit dans mes draps bleus froissés

C’est l’insomnie, sommeil cassé”

BLOG - Cela pourrait ressembler à une ancienne chanson, une douce mélodie, qui évoquerait un lointain chagrin d’amour. Mais non, il est “5 heures, Paris s’éveille” et moi, je suis là dans mon lit à me demander si je suis bien en vie. Mon mari dort encore à poings fermés. Je regarde la pièce alentour, oui je suis bien chez moi. Je ne suis pas sûre d’avoir dormi.

La boule au ventre, la gorge serrée, je suis tétanisée depuis la veille, angoissée depuis plusieurs jours à l’idée de reprendre le chemin de l’école. On dirait une petite fille, redoutant son premier jour d’école avec une nouvelle maîtresse. Mais moi ça fait plus de vingt ans que j’exerce le métier d’enseignante et pour la première fois, j’ai l’impression que je ne vais pas y arriver. Ce n’est pas un chagrin d’amour, mais un chagrin d’école, un chagrin de maîtresse qui ne sait plus qui elle est. Nausées.

Des jours de préparation et de réflexion qui n’ont abouti à rien ou pas grand-chose. Une réunion la veille avec toute l’équipe histoire de prévisualiser le désastre qui nous attend. Pas de gel hydroalcoolique, cinquante masques pour une équipe de dix instits. On ne va pas aller bien loin… De toute façon, on ne nous demande pas de nous projeter. Il y a urgence. L’urgence c’est d’accueillir les élèves (combien? personne ne sait…) dans les “meilleures conditions possible”. Comme d’habitude dans l’éducation nationale, on fait comme on peut. On bricole. On s’arrange. On a l’esprit créatif et surtout de la loyauté envers sa hiérarchie. Alors on va tous y aller au couperet. Au menu, du haché grossier d’enfants et d’instits. On ne va pas faire les difficiles, déjà qu’on le sait on est tous payés à ne rien foutre. Pas de pitié pour les planqués.

Vous avez envie de raconter votre histoire? Un événement de votre vie vous a fait voir les choses différemment? Vous...

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