10 parfums à la vanille qui nous envoûtent

De son enveloppe sombre aux notes chaudes et sucrées de son effluve, elle nous séduit. Zoom sur la vanille en parfumerie. Plus qu’une simple épice parfumant nos mets sucrés et salés, la vanille – issue d’une orchidée sauvage originaire du Mexique, aujourd’hui cultivée un peu partout dans le monde – est très prisée en parfumerie. Et si plus d’une centaine d’espèces existent, une seule se distingue : la Vanilla Planifolia. On peut également nommer la vanille de Tahiti connue sous le nom de Vanilla Tahitensis. Plus rare, elle présente un goût anisé. Pour aller plus loin, Thierry Wasser, maître parfumeur de la Maison Guerlain, nous conte ce fruit à la robe sombre et à l’envoûtante senteur sucrée. L’histoire du parfum à la vanille La vanille… « La vanille est arrivée tard en parfumerie », selon Thierry Wasser. Il faut dire que si les Espagnols ramènent, avec beaucoup d’espoir, cette orchidée en Europe dans les années 1550, il faudra attendre près de 300 ans pour en voir pousser le véritable fruit. Et pour cause, au Mexique, la pollinisation de la fleur de vanille est naturellement assurée par les abeilles Mélipones, une espèce rare que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur le globe. « Introduire l’orchidée et laisser sa fleur grandir dans les jardins d’hiver français n’a jamais permis d’offrir la gousse, explique le parfumeur. Jusqu’à ce qu’ils finissent par implanter cette liane à la Réunion et à Madagascar ». Ce n’est donc qu’en 1841 qu’Edmond Albius – esclave réunionnais féru de botanique âgée de seulement 12 ans – découvre le procédé de fécondation de la vanille. Il invente alors la pollinisation artificielle manuelle. C’est l’avènement de la vanille. Aujourd’hui, Madagascar en est le principal pays exportateur.… en parfumerie Quoi qu’il en soit, « cette épice n’est arrivée en parfumerie qu’à travers la vanilline synthétisée en 1874, en Allemagne, explique l’expert. Avant ça, je ne trouve pas de trace de vanille dans les jus. » Par la suite, Aimé Guerlain devient l’un des premiers nez à utiliser ce dérivé synthétique dans ses parfums. En 1889, il crée alors Jicky, un parfum inspiré d’un amour de jeunesse. Quelques années plus tard, suit « un autre chapitre extraordinaire avec la découverte de l’éthylvanilline, bien plus forte que la vanille encore, en 1894 ». Et c’est en voulant tester cette vanille de synthèse dans le parfum de son oncle, que Jacques Guerlain, neveu d’Aimé Guerlain, crée une nouvelle fragrance, l’une des plus emblématique de la marque : Shalimar, en 1925. Il est également à l’initiative de la Guerlinade, une base de parfum dont la vanille est star et compose de nombreuses créations de la marque. De la gousse à l’essence de vanilleUne fois fécondée, la fleur donne une gousse de vanille cueillie à maturité. Ce n’est qu’après un long processus de production passant, entre autres, par l’échaudage, l’étuvage et séchage que la vanille devient celle que l’on connait : sombre et striée. Elle est ensuite travaillée de manière différente en fonction du rendu souhaité. L’infusion, aussi appelée teinture, est le procédé le plus ancien. Toujours utilisé chez Guerlain, il consiste à couper la vanille en morceaux afin de libérer l’arôme et de le diffuser dans l’alcool. Après macération et filtration, un alcool parfumé à la vanille est obtenu. Un second procédé permet, lui, de produire une note plus concentrée : le résinoïde de vanille, issu de l'extraction de la vanille par l’alcool. Il suffit ensuite d’évaporer le solvant pour faire naître une résine noire et gluante. Si cette matière est utilisée en parfumerie, on peut ajouter une étape supplémentaire –l'extraction par solvant – pour obtenir le très concentré absolu de vanille. Plus récemment, l’extraction au CO2 supercritique ainsi que l’extraction CO2 absolu ont été mis en lumière. Deux autres procédés d’extraction – comme leur nom l’indique - permettant de mettre en avant différents arômes. Les caractéristiques d’un parfum à la vanille À la manière d’une madeleine de Proust, le côté gustatif de la vanille réveille en nous des sentiments et des souvenirs parfois liés à l’enfance. Synonyme d’appétence et de douceur, cette note appelle quelque chose de rassurant et de plaisant. « Nul doute qu’elle réitère l’expérience à travers le parfum », assure Thierry Wasser. Cet effluve envoûtant flirte par ailleurs avec la sensualité. Réputée pour être une note de cœur ou de fond, elle peut parfois surprendre en tête, notamment si elle est travaillée en teinture. « L’alcool, très volatile, laissera exploser la vanille dès le départ », souligne le nez. Inattendu mais plaisant.La composition d’un parfum à la vanille Si « la vanille est une matière si facile à travailler qu’elle peut être soliste dans un parfum – comme le patchouli dans les années 1960/1970 –, selon l’expert, elle est également l’une des matières premières les plus aimables et sociables qu’il soit ». Versatile, cette note matche avec de nombreuses autres. Ce n’est, d’ailleurs, pas pour rien qu’elle constitue l’un des acteurs majeurs de la famille des parfums ambrés « dont un tiers du spectacle est assuré par le fruit de cette orchidée ». Depuis l’Ambre Antique de Coty en passant par Shalimar, Allure de Chanel ou encore Black Opium d’Yves Saint Laurent, tous contiennent de la vanille. Elle s’épanouit également dans la famille des parfums orientaux ou celle des parfums boisés. Notre sélection de parfums à la vanille