Adèle Haenel : la naissance d'une héroïne

Alice Augustin

Forte, limpide, bouleversante, puissamment politique... En accusant d'agressions sexuelles le réalisateur de son premier film, la comédienne a parlé au nom de toutes les autres femmes. 

Lorsque nous avons tenté de la contacter, son entourage nous a fait savoir qu'elle ne souhaitait plus s'exprimer, ni dans nos pages ni ailleurs. Adèle Haenel a déjà tout dit. Et si bien dit. Ceux qui ont regardé son interview en live sur le site Mediapart lundi 4 novembre ont assisté, tétanisés par l'émotion, à la déflagration d'un récit rare, à l'urgence de dévoiler ce qui fut si longtemps tu. Écouter et surtout observer cette jeune actrice accoucher d'un témoignage si intime et d'une parole politique si limpide fut comme recevoir un uppercut en plein coeur avec l'intuition d'assister à un moment historique. Dans son regard acéré et ses propos extrêmement articulés, nous avons ressenti une détermination sans faille. Dans son visage parcouru de tics nerveux, dans ses gestes brusques, nous avons ressenti la douleur et l'épreuve que représentent la libération d'une telle parole et la révélation d'un tel traumatisme, celui d'avoir vu son intégrité et sa dignité entamées par la violence d'un adulte sur un enfant, d'un homme sur une femme, d'un « mentor » sur sa « muse ». Pourtant, pas une larme n'a perlé de ses yeux verts pénétrants. Alors que sur le plateau et devant les écrans, journalistes et spectateurs étaient submergés, Adèle, elle, n'a pas flanché, même lorsqu'elle a prononcé à plusieurs reprises le prénom de son agresseur présumé.

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Extrait du témoignage de l'actrice diffusé sur Mediapart le 4 novembre.

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