Dans les années 1960, le Canada traquait les homosexuels avec la «fruit machine»

Un «électropyschomètre» similaire à la «trieuse à fruits» inventée par le gouvernement canadien dans les années 1960. | mark6mauno via Flickr
Un «électropyschomètre» similaire à la «trieuse à fruits» inventée par le gouvernement canadien dans les années 1960. | mark6mauno via Flickr

Vous avez peut-être déjà entendu le terme «gaydar». Contraction des mots «gay» et «radar», il désigne une prétendue capacité intuitive à détecter l'orientation sexuelle des autres. À entendre celles et ceux qui s'en croient dotés, il suffirait d'une démarche, d'une tenue ou même d'un regard pour identifier les homosexuels à même la rue…

La science, qui s'est penchée sur le sujet, invite à se méfier de tels comportements qui se nourrissent essentiellement de préjugés et excluent le vaste spectre d'identités sexuelles qui existent par le monde.

Pourtant, au beau milieu du XXe siècle, le gouvernement canadien a investi l'équivalent de 80.000 dollars dans la confection d'un gaydar électronique. Son but: identifier les homosexuels actifs au sein de l'armée et des services publics afin de les mettre à la porte.

Péril rouge et «peur violette»

Dans les années 1950, l'Amérique du Nord est en proie à une paranoïa contagieuse. Le sénateur du Wisconsin, Joseph McCarthy, s'est lancé dans une «chasse aux sorcières» afin d'éventer les réseaux communistes aux États-Unis. De nombreux individus de premier plan sont accusés de sympathies «rouges» –dont Robert Oppenheimer, Albert Einstein ou Charlie Chaplin– et plus de mille fonctionnaires sont limogés entre 1947 et 1954. On croit voir des espions partout.

Le sénateur Joseph McCarthy (au centre), à l'origine d'une paranoïa contagieuse en Amérique du Nord, ici en août 1953. | Los Angeles Times via Wikimedia Commons

Au nord des Grands Lacs, la psychose sévit aussi. Les autorités canadiennes redoutent que des individus «faibles de caractère» puissent devenir des informateurs à la solde des Soviétiques. Dans le plus grand secret, la Gendarmerie royale du Canada établit la liste des «déviants» au sein des services publics et de l'armée.

Alcooliques, conjoints infidèles et homosexuels sont ciblés, car on imagine qu'il s'agit de personnalités plus…

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