Antisémitisme : après la nuit

Ondine Debré

La journaliste Ondine Debré réagit à la profanation du cimetière de Westhoffen où sont enterrés ses ancêtres. Bouleversant.

107 tombes du village alsacien ont été profanées le 3 décembre : des croix gammées peintes en noir sur les stèles, le chiffre 14, référence imbécile aux suprémacistes blancs américains...

Je connais ce cimetière, j'y suis allée souvent : ses stèles les plus anciennes posées à l'entrée contre le mur, sa pente douce habitée des tombes centenaires des juifs du village, celles plus récentes de ceux dont les origines s'attachent ici et qui au dernier moment de leur vie ont voulu y revenir... Une carte postale alsacienne, un beau cimetière avec une vue magnifique sur les cerisiers en contrebas, l'église et le temple protestant.

Je connais ce village parce que mes ancêtres y sont nés, et y sont enterrés. Le nom de mon père, celui que je porte, est né ici, au temps où la Révolution française puis Napoléon accordèrent aux juifs les droits et les obligations qui allaient en faire des citoyens français à part entière. Un nom secret, français, mais juif aussi, puisqu'il garde en lui la clé de l'appartenance de mes pères à cette religion : un nom qui cache dans ses lettres le respect de la parole de Dieu. Ce nom qui est le mien, que j'ai porté longtemps sans le connaître, je l'ai vu souillé d'une croix gammée sur les tombes profanées de mes ancêtres. C'est de la boue lancée sur nos visages. Aujourd'hui comme hier, apprend-on son appartenance à un clan, à un groupe, par la souffrance de le voir humilié et haï ? Je pense à mon père,...

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