Après “Le Jeu de la Dame”, les échecs au cinéma en 10 scènes

Louise Vandeginste
·3 min de lecture
(Copyright Carlotta/Warner Bros./Mission/MGM)
(Copyright Carlotta/Warner Bros./Mission/MGM)

La mini-série Netflix Le jeu de la dame a démontré avec brio à quel point les échecs pouvaient être mis en scène de façon passionnante même pour les non-initiés qui n'y comprennent rien. Mais elle a prouvé également à quel point une action (une partie d'échecs) pouvait prendre mille et une formes différentes. L'héroïne, Beth Harmon, a un rapport particulier avec les échecs, seul moyen pour elle de faire partie de la société, de sortir de son isolement affectif et rencontrer des individus. Tout au long des épisodes, elle cherche dans sa façon de jouer un certain équilibre entre instinct et raison, entre contrôle et lâcher prise, mais chaque partie représente pour elle un enjeu particulier. Leçon de vie, révélation métaphysique, affrontement politique, lutte contre soi-même ou préliminaire sexuel... Les échecs au cinéma sont un jeu de mise en scène avant-tout.

L'Affaire Thomas Crown (1968) de Norman Jewison : la partie d'échecs comme partie de jambes en l'air

Les échecs n'auront jamais été aussi sexy. Entre Faye Dunaway et Steve McQueen, la tension sexuelle est palpable. Dans le clair-obscur sensuel d’un feu de cheminée, les deux partenaires se toisent, cherchant à faire tomber les défenses de l’autre. Les coups des joueurs, rythmés par une composition de Michel Legrand, sont autant de tactiques de séduction.

Aussi bien par le montage d’une symétrie évocatrice que par un jeu de jambes et de regards, on perd vite le fil de ce qui se passe sur le plateau d’échecs pour se concentrer plutôt sur ce qui se déroule au-dessus et au-dessous de la table. La scène est extrêmement découpée, à la manière d’un film d’action : les très gros plans alternent avec des plans larges, des plongées totales se glissent à l’intérieur d’un champ-contrechamp frontal… La partie est gagnée pour le personnage de l’enquêtrice, qui soupçonnait de vol ce millionnaire désœuvré et divorcé. Un jeu de société, vraiment ?

Le Septième sceau (1957) d'Ingmar Bergman : quand l'homme joue avec la mort

Au Moyen-Age, un chevalier (Max von Sydow) rentre des croisades, absolument dépossédé de toute illusion sur l’âme humaine et la vie. Alors que la peste noire sévit en Europe, il croise la Mort sur son chemin. Mais, il n’est pas question de mourir maintenant, alors qu’il doute plus que jamais de l’existence de Dieu ! Pour gagner du temps, il la défie le temps d’une partie d’échecs sur la plage. Une confrontation aussi comique que métaphysique…

Il faut imaginer La Mort, encapuchonnée de noir et fanfaronnant sur ses talents de joueuse d’échecs. En parallèle, le chevalier fait la rencontre de troubadours et de dévots (autant de personnages incarnant l’impossibilité d’avoir la foi). Du Bergman moins dramatique et psychologique qu’à son habitude, qui aborde de front et sans équivoque la tragique condition de l’être humain, condamné à désirer connaître l’inconnaissable. Et à mourir sans savoir s’il existe ou non un au-delà.

Blade Runner (1982) de Ridley Scott : quand l'homme créé un adversaire à son image

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