Mois sans tabac : est-ce que l'auto-hypnose aide vraiment à arrêter de fumer ?

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closeup woman hand destroying cigarette stop smoking concept (Doucefleur via Getty Images)
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Après les patchs, les livres ou encore les plantes et les chewing-gums à la nicotine, et si l'auto-hypnose était LA solution pour vraiment arrêter de fumer ? Spécialiste de l'hypnose, Kévin Finel fait le point sur cet outil qui permet de venir à bout des "petites addictions" et notamment celle au tabac.

Pour arrêter de grignoter et perdre du poids, calmer le stress et mieux dormir, ou encore réduire le temps passé sur les réseaux sociaux ou arrêter de fumer... Sans ordonnance, ni contre-indication... Autant de bonnes raisons qui poussent de plus en plus de Français à s'intéresser à l'hypnose et l'auto-hypnose. Selon le Syndicat Français des Hypnothérapeutes, les recherches sur ces disciplines ont bondi de 530% entre 2013 et 2016. À l'occasion du Mois sans tabac, le spécialiste de l'hypnose et président de l'ARCHE, (Académie de recherche et de connaissance en hypnose Ericksonienne), Kévin Finel lance la plateforme Psychonaute "pour apprendre l’auto-hypnose". L'occasion d'en savoir plus sur cette méthode qui permet d'"accéder à son inconscient" par soi-même pour mieux comprendre et "travailler" sur ses comportements addictifs.  

Qu’est-ce que l’auto-hypnose ?

L’auto-hypnose est une méthode qui permet d’accéder à une expérience d’introspection dans laquelle on va se rapprocher de ce que l’on appelle notre part inconsciente. D’habitude, c’est une part qui nous échappe. On la soupçonne, mais on ne la comprend pas, on ne la connaît pas. Et grâce à des états d’auto-hypnose, on va aller contacter cette part de nous-mêmes.

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Est-ce qu’il y a des contre-indications à l’auto-hypnose ?

Il n’y a aucune contre-indication et en plus, c’est très accessible. C’est un peu comme la méditation. Tout le monde peut apprendre à le faire. C’est même plus ludique, plus agréable et plus facile que la méditation.

Comment l’auto-hypnose aide à lutter contre une addiction au tabac ? Est-ce qu’elle permet d'arrêter complètement de fumer ou juste de réduire sa consommation ?

De manière générale, accéder à son inconscient, c’est une façon de travailler sur tous ses comportements automatiques compulsifs et de faire un vrai travail en profondeur. La plupart des mécanismes qui font que l’on a une compulsion sont des mécanismes inconscients. Quelle que soit notre décision consciente, on peut se retrouver démunis. Il y a une expérience que quasiment tous les gens qui ont décidé d’arrêter de fumer font : ils arrêtent quelques jours et puis, ils repartent en arrière. C’est frustrant puisque ça donne une impression d’échec. La raison de ça, c’est que l’on essaie de faire consciemment quelque chose qui ne se passe pas au niveau du conscient. Que ce soit avec un accompagnement thérapeutique ou en auto-hypnose, on va essayer de comprendre ce qui se passe dans cette compulsion et on va agir à la racine. Cela devient une méthode très connue parce que très efficace et parce que très accessible.

Est-ce que l’on peut débuter l’auto-hypnose seul de son côté où est-il préférable de consulter un professionnel dans un premier temps pour que les séances soient vraiment efficaces ?

On peut les faire seul chez soi à condition d’être bien accompagné par des programmes complets. Moi, je propose des programmes via ma plateforme qui s’appelle Psychonaute, notamment un programme sur les compulsions. Evidemment, c’est tout un accompagnement qui permet à la fois de comprendre comment on fonctionne et d’agir sur soi. Il y a un côté un peu gratifiant puisqu’on arrive à avoir un résultat avec soi-même.

Ces résultats sont sur long terme ou sont-ils ponctuels ?

L’idée, c’est bien de faire un travail en profondeur pour ne pas que ça tienne 15 jours ou trois semaines, que ce soit sur les compulsions ou autres. Une compulsion, si on essaie de l’arrêter brutalement et sans faire attention à ce qu’il se passe vraiment en nous, c’est là qu’elle va revenir systématiquement. On va lutter contre soi et on est jamais gagnant. C’est l’inverse que d’aller chercher au fond de soi. Derrière une compulsion, il y a un besoin inconscient. Ce besoin, on le connaît parfois ou on n'arrive pas à l’identifier. Avec l’auto-hypnose, on va aller l’identifier et déjà, cela change beaucoup de choses. Si je veux juste arrêter de fumer pour n’importe quelle raison consciente (son prix, ma santé, etc.), alors qu’en fait derrière il y a un besoin de régulation émotionnelle, tant que ce besoin n’est pas pris en compte, je risque d’être tenté de fumer pour réguler mon besoin. Avec l’auto-hypnose, on va donc tenter d’y répondre différemment pour ne plus avoir besoin de plonger dans le comportement compulsif.

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Concrètement, comment se passe une séance d’auto-hypnose ?

Il y a trois grandes étapes. La première, c’est apprendre à modifier son état de conscience et rentrer dans un état un peu different. Pour cela, il y a plusieurs exercices de travail sur le corps, de visualisation… Ce sont des choses assez simples. Et ça va déjà nous embarquer dans notre imaginaire qui nous permet d’être très connecté à l’inconscient. Ensuite, dans chaque exercice, ll va y avoir des choses différentes que l’on va vivre comme des aventures. C’est presque une expérience onirique. Et puis, il y a l’étape d’intégration. On ressort de notre expérience, pour l’intégrer à notre vie quotidienne. Il y a quasiment toujours ces trois étapes. Après, quand on travaille sur les compulsions, l’une des premières choses que l’on fait, c’est de travailler sur le circuit de la récompense.

C'est-à-dire ?

Derrière toute compulsion, il y a une récompense que l’on donne au corps. C'est un processus que tout humain possède. À chaque fois qu’on fait quelque chose qui est bien pour nous, on a une réaction hormonale qui est plutôt plaisante. Évidemment, si l’on fait un excès, le corps nous le dit aussi et la prochaine fois, on n’a moins envie de faire cet excès-là. Sauf que dans la société moderne, il y a plein de facteurs qui dérèglent ce système de récompense. Par exemple : tout ce qui est drogue au sens large, dont le tabac fait partie, va nous apporter une satisfaction qui est trop grande et ça dérègle le mécanisme biologique. Tout d’un coup, on est stressés, on fume. L'organisme donne une réaction positive que l’on va rechercher de manière excessive, même si ce n’est pas bon pour le corps. C’est quelque chose de biologique, de très concret. C’est comme les réactions hormonales d’un like sur les réseaux sociaux, qui nous poussent à aller en chercher encore plus. Et c’est comme cela que beaucoup de gens deviennent accro à toutes les petites récompenses que l’on peut avoir. L’hypnose permet donc de comprendre ce qui est déréglé en nous et on va le remettre dans le bon ordre. C’est une fonction de rééducation de notre système.

Pour y parvenir, il faut plusieurs séances ou une seule suffit ?

Cela dépend parce qu’on n’a pas tous les mêmes façons de fonctionner. Quelqu’un qui fume pour réguler son stress, ce n’est pas la même chose que quelqu’un qui fume pour se faire sa pause ou parce que ça a un coté social lié à l’amitié, aux soirées, etc. Et parfois, il y a plusieurs liens. Si c’est juste un lien, ça peut aller vite. Mais souvent, c’est un parcours avec l’exploration de soi pour rééduquer certains fonctionnements. C’est très gratifiant parce qu’on se sent un peu libérer dès qu’on rééduque une partie d’un fonctionnement. Chaque étape est un soulagement et surtout, on sent qu’on n’est pas en train de se contraindre. On veut un changement naturel, voire évident.

Il y a de plus en plus de vidéos - notamment sur YouTube - pour pratiquer l’auto-hypnose. Qu’en pensez-vous ?

Elles peuvent fonctionner, mais elles ont souvent pour but d’être très accrocheuses et restent parfois superficielles. Sur les compulsions, c’est difficile de résumer ça en deux vidéos. Souvent on trouve des titres comme : "Comment se dégoûter du tabac ?" Ce n’est pas que ça ne fonctionne pas, c’est que la réponse est partielle. Si l’on fait ça, il y a peu de chance que ça marche sur le long terme.

Quelle est la différence entre l’auto-hypnose et l’hypnose pratiquée avec un professionnel ? Est-ce que les deux sont tout aussi efficaces ?

Je dirais qu’il y a un avantage et un inconvénient aux deux. Je conseille de commencer avec l’auto-hypnose, même si parfois on tâtonne un petit peu, parce qu’on apprend pas mal de choses sur soi. La seule problématique, c‘est que s’il y a une origine un peu complexe ou un besoin d’être accompagné, on peut se sentir démuni. Mais si on n'y arrive pas, c’est qu’il faut aller voir quelqu’un. Si on va voir quelqu’un, ça peut aller un peu plus vite et on est sûr d’avoir fait le tour de la question. En revanche, on aura sans doute un peu moins avancé personnellement, mais s’il y a une origine traumatique à une compulsion, c’est quand même bien d’être accompagné par quelqu’un. Sur des petites compulsions de type tabac, grignotages, etc. je trouve ça bien de travailler sur soi. Mais sur des plus compulsions lourdes, c’est mieux d’être accompagné. 

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