Aviron: "On ne s’est pas encore insulté", Hugo Boucheron évoque son nouveau binôme pour les Mondiaux

Hugo Boucheron, vous participez à ces championnats du monde avec un nouveau partenaire, comment vivez-vous ce changement ?

Avec Valentin, on se connaît depuis longtemps, depuis junior en fait, et on s’est toujours bien entendus donc il n’y a pas de problème. Cela se passe très bien, on ne s’est pas encore insulté, on ne s’est pas encore mis sur la gueule (rires). Les messages passent bien et à l’entraînement, on est plutôt en phase sur la façon de faire.

Valentin Onfroy, vous avez souvent été en équipage avec votre frère Théophile, comment se passe cette nouvelle association ?

On est un nouveau duo, mais on a toujours évolué tous les deux en binôme même si c’était séparément. Et cela passe par beaucoup de motivation mutuelle, de communication, de petites choses à l’entraînement, aller l’un vers l’autre, trouver du plaisir à ramer ensemble. Il faut arriver à se sentir dans le bateau parce que, même si on n’est pas un sport de contact, on sent les appuis, la glisse de l’autre, il y a beaucoup de sensations. C’est par tous ces détails là que passe le plaisir de ramer ensemble et d’aller chercher la performance.

Remplacer Matthieu Androdias, avec la pression qui en découle et le statut de Tokyo, cela entraîne nécessairement un besoin de performer ?

Valentin Onfroy : C’est sûr que cela s’est un peu fait dans l’urgence mais je prends ça comme une grande opportunité. Cela me fait hyper plaisir de pouvoir ramer dans un bateau comme celui-là. J’apprends encore énormément, même si je suis un “vieux” rameur (29 ans, ndlr). Je vois quelles marches j’ai à franchir en ramant au quotidien avec Hugo, parce que même s’il dit qu’il a encore à progresser, je vois que je suis encore bien en-dessous... Donc c’est motivant aussi de se dire que j’ai encore à me renouveler et à progresser en aviron.

Vous avez déjà disputé ensemble la Coupe du monde à Lucerne, début juillet (8e place). Hugo Boucheron, ce nouveau duo avec Valentin Onfroy vous apporte-t-il un nouveau souffle ?

En fait, c’est l’état d’urgence dans lequel je me suis retrouvé qui m’a remis dans le bon état d’esprit parce que la saison dernière avait été compliquée, j’ai traversé un hiver de merde où j’ai chopé une infection... J’ai eu 4-5 mois dans le dur, donc je suis dans cet état d’urgence depuis février, la perspective des Championnats du Monde avec les qualifications olympiques en septembre a rajouté une couche. Puis Matthieu a chopé une infection à son tour, qui dure depuis 3-4 mois et dont il sort tout juste. En voyant le niveau des autres, cela sonne comme un état d’urgence. Cette nouvelle association avec Valentin, je savais ce que cela pouvait engendrer parce qu’il faut se recoller, que ce soit très puissant sur la cohésion. Physiquement, Valentin est un peu moins fort que Matthieu aussi, donc il faut travailler plus sur ce point. Mais moi, cela me fait du bien d’avoir une autre personne, on fonctionne différemment qu’avec Matthieu. Valentin m’apporte plein de choses techniques et de confort que je pourrais utiliser ensuite, si l’on remonte ensemble avec Matthieu, pour que je sois encore meilleur. Donc j’essaye de gratter tout ce que Valentin peut m’apporter, et lui essaye de gratter tout ce que je peux lui apporter, pour faire monter la sauce dans ce duo. Si on peut essayer de monter sur le podium aux Championnats du Monde, je ferai tout pour, je vais me “saigner la gueule” (sic).

En tant que champion olympique en titre, ressentez-vous déjà l’approche des Jeux de Paris 2024, alors qu’il y a justement des quotas olympiques qui sont distribués lors des championnats du monde ?

Hugo Boucheron : On me parle des JO de Paris tous les jours, depuis que je suis descendu du podium à Tokyo, donc j’ai l’habitude. Est-ce pesant ? Cela dépend comment on le prend : parfois ça me gonfle, parfois ça va. Là, ça va. Parce qu’il y a plein d’étapes avant, notamment la qualification. Je sais aussi qu’il faut que je progresse, donc cela veut dire énormément de travail. Il y a encore beaucoup de temps mais il ne faut pas perdre de temps non plus. Si on est attendus, tant mieux !

Avez-vous ressenti ces deux dernières années un besoin de souffler ?

Hugo Boucheron : A un moment donné, après Tokyo, j’avais envie d’arrêter. Je n’avais plus d’énergie à faire cela mais je me suis senti à un moment donné un peu obligé de continuer. Et puis finalement l’envie est revenue au fur et à mesure. C’est cool, on a les Jeux à la maison, l’événement va être top. On a beaucoup de chances, donc on met tout en œuvre pour pouvoir y participer parce qu’on a envie d’y être et de faire le doublé. Pour cela, il faut beaucoup de rigueur et s’investir comme si on y allait pour un premier titre et c’est là la difficulté : d’essayer de regagner en essayant d’avoir aussi faim que ceux qui n’ont pas encore gagné.

Au vu des circonstances, le quota olympique est-il votre objectif n°1 sur ces championnats du monde ?

Valentin Onfroy : La qualification olympique, c’est le ticket pour Paris pour le bateau donc oui c’est le gros objectif des championnats du monde, derrière la performance globale. Les deux sont liés, c’est le chemin normal des rameurs. Le plus important est d’assurer ce quota, mais surtout prendre des repères et avancer compétition après compétition jusqu’à Paris.

Article original publié sur RMC Sport