Banlieues : rien n’a changé en France depuis 2005

2005 et 2023. Dix-huit années ont passé, c’est beaucoup de temps n’est-ce pas ? Pourtant, l’histoire se superpose parfaitement.

Mon carnet de correspondant à Paris en témoigne, rédigé jour après jour dans le tourbillon des événements survenus entre octobre et novembre 2005. Je relis mes notes : “Révolte des quartiers”, “les banlieues brûlent”.

Je le compare, ce vieux calepin, au compte rendu de ces derniers jours, et j’ai l’impression d’avoir effacé le temps d’un simple geste. La temporalité n’est pas la même, et pourtant, tout coïncide et se fond pour décrire un même phénomène.

En 2005, tout débuta à Clichy-sous-Bois, qui fait partie, comme Nanterre, de cette autre France. Une France des barres de béton qui, aujourd’hui, sont la destinée immobilière des immigrés de deuxième et troisième générations, noirs et maghrébins.

Police soupçonneuse, contrôles sans ménagement

Les pères et les grands-pères rêvaient du jour où ils auraient leur passeport français, du jour de leur intégration dans la République*. Les petits-enfants, qui ont été les élèves de l’Éducation nationale, à qui l’on a appris la Marseillaise et les vertus de la “fraternité*”, l’ont aujourd’hui dans la poche, ce passeport. Mais l’ennui, c’est qu’ils n’en veulent plus.

Ils regardent, remontés, l’autre Paris qui est juste de l’autre côté du périph, mais qui est séparé par un mur, symbolique mais infranchissable. À l’époque, comme aujourd’hui, ils vivent dans des départements qui se résument à un numéro, comme le “93”. Lorsqu’ils sortent du métro, une police soupçonneuse les interpelle, les contrôle sans ménagement, les oblige à faire demi-tour. Des “racailles” dont il faut se “débarrasser”, comme le résumait à l’époque un ministre de l’Intérieur qui, hélas, a fait carrière depuis. Un certain Sarkozy.

À l’époque, nous étions allés voir cette “jacquerie*” de plus près, dans les quartiers illuminés par les incendies, certains d’entre nous vêtus de façon grotesque, armés d’un casque et d’un blouson. Nous avions rencontré ces jeunes qui se déscolarisent au premier obstacle, pour ne trouver derrière que du vide. Dans ces quartiers, le taux de chômage est de 20 %, deux fois le taux national. Alors on se tourne vers les caïds. Parce que la délinquance comble les vides que laisse une République toujours plus avare. Autrefois ghetto, la banlieue est devenue une forme d’identité, et un creuset de colères.

[...] Lire la suite sur Courrier international

Sur le même sujet :