Blandine Rinkel : “N’empêchons pas les corps d’accéder aux livres”

Franck Vergeade
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(© Richard Dumas)
(© Richard Dumas)

"A Nantes, il y avait une grande librairie d’occasion, dans le quartier Bouffay. Nous y passions chaque samedi, avec mon père, après avoir été à la piscine. C’est là que j’ai acheté mes premiers livres (normalement, j’empruntais en bibliothèque). C’est aussi là que j’ai découvert la littérature contemporaine ou, pour le dire autrement, que j’ai découvert que le livre n’était pas qu’une affaire de gens morts. On était bien vivants, dans cette librairie. J’y croisais des étudiantes aux cheveux verts et des femmes en costumes, des hommes seuls et des enfants à lunettes. Tout un monde qui prospérait. Un monde que je désirais. Je n’osais jamais trop aller parler aux libraires (je suis toujours timide sur ce point aujourd'hui), mais j’adorais les sentir, m’imaginer leurs vies et les histoires qu’ils devaient avoir en tête.

Les années passèrent et ma fascination ne retomba pas. Mon budget livre explosait, et j’allais maintenant à la librairie seule. Mais je ne parlais toujours pas aux libraires. En revanche, je regardais les livres longtemps. Le rituel consistait à en retourner six ou huit, prendre des notes, les caresser, les reposer. Je doutais longtemps. Puis finissais par en acheter un au hasard. Et cela devait se voir. Alors un jour, un libraire, jeune et au visage malicieux, m’a tendu un livre : “Ça devrait vous plaire.” C’était Le Ramassement de soi de Paul Nizon. La couverture était élégante, elle ressemblait à l’idée que je me faisais de ce

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