Blindage, luxe et démesure... Le train de Kim Jong-un est une forteresse ambulante

Le train ultra-sécurisé et luxueux qui a conduit Kim Jong-un en Russie pour rencontrer Vladimir Poutine ce mercredi est le mode de transport privilégié du dictateur nord-coréen.

Un bunker cinq étoiles tiré par une locomotive. Surnommé la "forteresse ambulante", le train blindé et fastueux à bord duquel Kim Jong-un s'est rendu en Russie mardi avant une rencontre avec le président russe Vladimir Poutine ce mercredi est le moyen de transport privilégié du dirigeant nord-coréen.

Parti dimanche soir de Pyongyang entouré par de hauts responsables militaires, suggérant l'orientation de son déplacement, Kim Jong-un a rencontré Vladimir Poutine mercredi en début d'après-midi au cosmodrome russe de Vostotchny, selon une vidéo publiée par le Kremlin.

"Nous allons donner la priorité à la relation entre la Corée du Nord et la Russie et en faire la priorité absolue de notre politique étrangère", a dit le dirigeant nord-coréen dont les propos étaient rapportés par la télévision russe.

Il s'agit du premier voyage à l'étranger de Kim Jong-un depuis le début de la pandémie de Covid-19 et la deuxième rencontre entre les deux dirigeants après un précédent voyage de Kim Jong-un à Vladivostok en 2019, où il avait alors déjà rencontré le président russe.

Le train, héritage familial et stalinien

Comme Staline avant eux, les chefs d'Etat de la dynastie Kim, à la tête de la Corée du Nord depuis 1948, ont toujours évité au maximum les moyens de transport aérien, jugés trop vulnérables. Kim Jong-un ne déroge pas à une tradition lancée par son grand-père Kim Il-sung et perpétuée par son père Kim Jong-il.

C'est ainsi en train blindé qu'il s'était rendu à Pékin en 2018 et à Hanoï l'année suivante pour un sommet avec son homologue américain Donald Trump. Un voyage qui avait alors duré une soixantaine d'heures.

En 2001, il avait fallu pas moins de 24 jours à son père pour effectuer un aller-retour Pyongyang-Moscou, un marathon de quelque 20.000 km. Un officiel russe qui avait été convié à bord, Konstantin Pulikovsky, avait témoigné du luxe régnant à bord du train, où étaient servis homard et vins français.

Selon la version officielle, c'est d'ailleurs à bord de son train qu'est décédé Kim Il-sung d'une crise cardiaque en 2011, lors d'une "visite de terrain" en province. Preuve de leur importance symbolique, les trains utilisés par Kim Il-sung et Kim Jong-un sont exposés au Palais mémorial de Kumsusan de Pyongyang, où reposent les dépouilles des deux ex-dirigeants.

Blindé, armé et produit en plusieurs exemplaires

Fabriqué à Pyongyang à plusieurs exemplaires quasi-identiques, le train de Kim est intégralement blindé, des vitres jusqu'aux parois en passant par le plancher, ce qui le met en principe à l'abri des balles et des explosifs.

Mais ses caractéristiques ne se limitent pas à cela, si l'on en croit le ministère sud-coréen de l'Unification. "Il dispose d'armes d'assaut et d'un hélicoptère utilisable en cas d'urgence", selon cette source.

Revers de la médaille: en raison du poids de ces équipements, le train ne peut pas dépasser les 60 km/h. À cette allure, au moins 20 heures sont nécessaires pour relier Pyongyang et Vladivostok, selon le journal sud-coréen Chosun Ilbo. Pour la durée du trajet, Kim Jong-un peut toutefois profiter de plusieurs fauteuils et canapés en cuir rose, comme le montre le quotidien britannique The Guardian dans cet article.

Reste qu'il offre des conditions de sécurité incomparablement plus élevées qu'un avion, où les "chances de survie sont considérablement réduites" en cas d'attaque, relève le ministère sud-coréen.

Il peut en outre aisément faire machine arrière en cas d'imprévu et ses itinéraires sont "plus difficiles à prévoir" que ceux d'un avion. Pour mettre toutes les chances de son côté, Kim Jong Un a l'habitude de faire déployer des militaires tout le long des tracés qu'il emprunte, comme cela avait été le cas lors de son déplacement à Hanoï en 2019.

De rares voyages en avion

Contrairement à son père, qui avait une véritable phobie de l'avion, Kim Jong-un ne réchigne pas à voler. Un film de propagande l'a même montré aux manettes d'un appareil en 2014. Il a par le passé utilisé à trois reprises l'avion pour des voyages à l'étranger - deux fois pour aller en Chine et une fois pour se rendre à Singapour pour un sommet avec Donald Trump, en 2018.

La présidence nord-coréenne dispose d'un avion officiel, le "Chammae-1". Baptisé du nom de l'oiseau emblématique de la Corée du Nord, c'est un vieil Iliouchine-62 de fabrication soviétique qui, selon des spécialistes, n'offre plus nécessairement toutes les garanties de fiabilité.

Pour le sommet de 2018, le "Chammae-1" avait toutefois bel et bien volé de Pyongyang à Singapour. Mais il avait fait office de leurre, Kim Jong-un ne se trouvant pas à bord: le dirigeant avait pris place à bord d'un vrai-faux vol commercial d'Air China. Le Boeing 747 avait décollé de Pyongyang sous le numéro CA122, celui d'un vol régulier pour Pékin. En vol, il avait toutefois changé de direction et d'immatriculation pour se diriger vers Singapour, selon les données du site Flightradar24.

Article original publié sur BFMTV.com

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