La Dictée P.G.L. : Pour ou contre ?

Connaissez-vous la Dictée P.G.L. (pour Paul Gérin-Lajoie) ? C’est un projet éducatif initié par la Fondation Paul Gérin-Lajoie qui vise à amasser de l’argent pour une meilleure éducation à travers le monde. Les écoles participantes y gagnent aussi : 50% des fonds récoltés vont aux classes. Par exemple, à l’école de Fillette, l’an passé, 1340$ ont été utilisés pour l’achat de matériel informatique.

Le concept est simple : les enfants de maternelle et du primaire doivent apprendre des mots. Ils demandent des sous à leur entourage pour chaque mot réussi lors de la dictée puis ils récoltent leurs commanditaires selon le résultat obtenu. Alors que les petits de 5 ans doivent apprendre cinq mots (école-maison-maman-matin-papa), les grands de sixième année en ont vingt-six.

Plus de 370 000 jeunes du Canada, des États-Unis et d’Afrique participent à cette 24e édition de la Dictée P.G.L. Ce n’est pas rien !

On ne peut être contre la vertu. Et loin de moi l’idée de remettre en question le bien-fondé de ce concours. Qui n’aime pas aider son voisin, celui qui est dans le besoin ? L’objectif est fantastique. Et l’organisation semble bien fonctionner.

Je me pose plutôt des questions quant à la façon dont la chose est vécue par les enfants. Dans certaines chaumières, cette dictée fait fureur : les enfants (et les parents) sont motivés. Ils réussissent facilement. Le temps mis sur cette tâche supplémentaire est minime, voire dérisoire. Pour certains élèves, toutefois, cela représente un fardeau. En plus des devoirs et leçons, qui atteignent des sommets en janvier et février (la fin d’étape approche), il faut se pencher sur le magazine « La Dictée P.G.L. », faire les exercices, pratiquer l’orthographe des mots, mémoriser… et aller cogner chez les voisins.

Plusieurs parents, cette année et l’an passé, m’ont fait part de leurs réserves. « On passe déjà une demi-heure sur les devoirs et leçons chaque soir, c’est assez », m’écrit une mère de deux garçons sur la page Facebook de ce blogue. « Je fais de l’ignorance intentionnelle », me dit la maman de deux préadolescents, excédée. « Cela devrait être au libre choix des enfants et des parents », souligne une troisième. Quelques parents me parlent aussi de l’écœurement de quêter (une nouvelle fois) l’entourage.

Les commentaires les plus fréquents chez les parents qui refusent de participer à la Dictée P.G.L. (parce que je confirme que la participation est volontaire, même si l’accent n’est pas mis là-dessus sur la documentation remise) concernent la performance. Et la pression mise sur les petits écoliers. « Ici, elle cause de l’anxiété », me confie une amie, mère d’un garçon qui a un trouble de l’apprentissage. « Même si je lui dis de ne pas s’en faire, elle s’en fait », m’avoue une autre maman dont la fille de première année fait de la dyslexie. Chaque enfant est unique évidemment… Mais l’exercice n’est pas adapté – du moins pas dans toutes les écoles.

Une spécialiste de l’éducation, qui œuvre auprès d’écoles primaires partout au Québec depuis plusieurs années, me précisait que « le but est noble » mais qu’elle se posait des questions sur la pédagogie de la Dictée P.G.L. : « Apprendre des mots par cœur, sans réinvestissement, sans contexte, c’est discutable ». D’autant plus que les élèves sont mis en situation de compétition.

Étrangement, les gens sont extrêmement réfractaires à parler ouvertement de leurs doutes et réticences quant à ce projet. Cette experte, par exemple, préférait conserver l’anonymat. C’est délicat de critiquer ouvertement un programme qui fait tant de bien… À la Fédération des comités de parents du Québec, lorsque j’ai tenté d’en discuter l’an passé, on m’a simplement répondu qu’on n’avait eu aucun écho du projet. Même chose à la Commission scolaire de Montréal : « Chaque école est libre de participer ou non » m’a-t-on simplement répondu lorsque je tentais de savoir quelles écoles s’étaient retirées du programme. Les enseignants du primaire que j’ai contactés ont tous été avares de commentaires. « Dans ma classe, la dictée est considérée assez facile », me dit une prof de 4e année de Montréal.

Et vous, vous en pensez quoi ? Boudez-vous cette initiative ? L’applaudissez-vous ? Sous mon toit, je l’avoue, le verdict n’est pas encore tombé…

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