Quand le ministre de l’Éducation ne valorise pas la lecture

Chaque semaine, un livre. Couverture jaunie. Une ou deux pages déchirées. Ou tachées. Parfois manquantes. Une histoire brève, qui me semble archaïque, mais qui l’amuse. Des illustrations souvent démodées. Elles me semblent datées des années 1970. Au mieux 1980.

Les livres que ma fille rapportait l’an passé de son école, où elle fréquentait la prématernelle, m’ont toujours paru désuets. Poussiéreux. Comme s’ils appartenaient à une autre époque.

Évidemment, Petite Lionne n’était jamais pressée de les ouvrir et de les parcourir. Je crois qu’elle ne les trouvait pas attrayants, pas « appétissants ». Qui l’aurait blâmée ?

Je ne pense pas que les livres rapportés des bibliothèques d’écoles de vos enfants soient bien différents de ceux qui sortent des sacs d’écoles de mes deux marmots. À moins d’être une école privée ou une école particulièrement choyée du côté du financement, ou dotée de bénévoles motivés et généreux, les bibliothèques d’écoles ne sont pas riches, au Québec.

Mais pour le ministre de l’Éducation Yves Bolduc, les commissions scolaires n’ont pas à dépenser davantage dans les bibliothèques des écoles. L’achat de nouveaux livres n’est pas une priorité. « J'aime mieux qu'elles achètent moins de livres, a dit le ministre à un journaliste du Devoir hier. Nos bibliothèques sont déjà bien équipées (…) » Il a cru bon d’ajouter qu’il « n'y a pas un enfant qui va mourir de ça et qui va s'empêcher de lire, parce qu'il existe déjà des livres [dans les bibliothèques] ».

Ainsi, pour les prochaines années, les commissions scolaires pourront utiliser leur budget comme bon leur semble, sans obligation d’achat de livres. Si elles passent deux, trois ou quatre ans sans achat, imaginez la situation dans laquelle les bibliothèques scolaires se retrouveront : on va passer de vieillot à décrépit.

Faut-il rappeler au ministre Bolduc que la lecture est le moteur de l’apprentissage ? Qu’elle favorise le développement de l’imagination, qu’elle aide la mémoire, qu’elle influence positivement les habiletés sociales et l’autonomie, et qu’elle est garante d’études à plus long terme chez les jeunes, selon plusieurs études ? La lecture, c’est le cœur du projet éducatif.

Et pour plusieurs parents de jeunes enfants, c’est un exercice de tous les jours : on raconte une histoire à l’heure du dodo pour transmettre l’amour des livres et de la lecture à nos tout-petits... On les emmène à la bibliothèque du quartier. On leur donne des livres en cadeaux.

Je croyais que cette valeur était aussi estimée à l’école. Dans notre société. Le ministre Bolduc, faisant fi des efforts des parents, des grands-parents, des enseignants, des éducateurs, des tuteurs, nous démontre que nous avons tort de le croire.

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