Un camp d’été pour enfants transgenres au Québec

Un premier camp de vacances pour enfants transgenres ouvre ses portes cet été au Québec : le camp Six couleurs accueillera au début du mois d’août les enfants âgés entre 7 et 15 ans dans ses installations.

L’emplacement du camp est confidentiel. « Certains enfants se sont dévoilés dans leur entourage, d’autres pas, a déclaré Sophie Labelle, coordonnatrice du camp en entrevue à Radio-Canada. On veut éviter que le lieu ne devienne un élément de curiosité. » Jusqu’ici 15 des 30 places disponibles sont comblées.

Six couleurs s’adressent aux enfants qui sont créatifs au niveau du genre, c’est-à-dire qu’ils expriment leur identité du genre (garçon ou fille) de façon inattendue et non-conforme au sexe déclaré à la naissance. Pour mieux saisir comment se sent et vit l’enfant transgenre, lisez et regardez ceci. Il s’agit de l’histoire de Ryland (en anglais) telle qu’expliquée par ses parents (et vue près de 5 millions de fois en une semaine). Je vous mets au défi de ne pas être touché (bouleversée dans mon cas) par cette vidéo.

Selon Annie Pullen Sansfaçon, professeur à l’École du Service social de l’Université de Montréal et mère d’Olie (née Olivier), 3 à 12% des enfants sont « créatifs » ou « variants » dans le genre. Cela veut dire, par exemple, qu’un garçon voudra porter du rose ou une jupe, jouer à la poupée et prendre un cours de ballet classique, des activités associées généralement et traditionnellement davantage aux filles. Chez une fille, cela pourrait signifier un rejet de toute tenue vestimentaire féminine, une préférence pour des cheveux courts et un habillement plus « garçon ».

Mais attention : ce n’est pas parce que l’enfant a une préférence pour des choses liées à l’autre sexe qu’il est transgenre ou qu’il a un « trouble du genre ». Il faut que cette caractéristique soit marquée et prolongée dans le temps. Le Dr Shuvo Ghosh, pédiatre du développement à l’Hôpital de Montréal pour enfant, est le seul médecin spécialisé dans les questions transgenres et enfance/adolescence. Ces dix dernières années, il a rencontré plus de 300 enfants et adolescents à Montréal.

La médecine ne cherche pas à guérir dans ces cas mais à « accompagner ces enfants dans leur transition », explique-t-il dans un reportage diffusé en décembre 2013. La question de l’orientation sexuelle ne viendra que plus tard, à l’âge de la puberté, rappelle-t-il. 

En-dehors du cocon familial où ils peuvent vraiment être eux-mêmes, les enfants transgenres subissent énormément de pression sociale pour se conformer. Certains s’épanouissent et réussissent, grâce à leur confiance en eux et au soutien de leurs proches, à faire leur chemin sans trop d’embûches. Pour la majorité, les obstacles sont nombreux : rejet, intimidation, isolement etc. Les tentatives de suicide seraient 20 fois plus élevées chez ce groupe, selon Michel Dorais, chercheur, professeur et sociologue à l’Université Laval.

Pour leur permettre d’échanger, de gagner en estime et de se faire des amis, les enfants transgenres et leurs parents se créent des associations ou des organismes (comme TransParents ou Projet 10). En ce sens, le nouveau camp Six couleurs n’est pas un ghetto mais une initiative rafraîchissante. Mathieu-Joël Gervais, qui est né fille mais savait qu’il était un garçon dès l’âge de 4 ans, aurait aimé qu’un tel camp existe lorsqu’il était enfant. « Voilà une place sécuritaire où les enfants peuvent vivre normalement, a-t-il confié en ondes à l’émission Médium Large. La première fois où je suis entré dans une salle où il y avait 45 personnes transgenres, je me suis dit ‘wow ! Je peux parler d’autres choses. Je n’ai pas à justifier mon identité.’ »

Je repense à la réflexion des parents de Ryland : quand on met au monde un enfant, on souhaite qu’il soit heureux, tout simplement. Pas marginalisé. Ou dénigré. Ou rejeté. Heureux. Peu importe son genre, son orientation, ses choix et ses croyances.

Longue vie au camp Six couleurs. Et chapeau !

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