Quand le bonheur au travail devient une injonction

Marie-Stéphanie Servos

Stress, perte de sens, épuisement… Malgré un discours prônant le « tout-positif », les souffrances en entreprise perdurent. Explications, avec Sylvaine Perragin, psychopraticienne du travail.

ELLE. Ces dernières décennies, les conditions de travail se sont considérablement améliorées. Mais on a vu dans le même temps l’apparition de nouvelles pathologies et l’augmentation des souffrances au travail, avec des conséquences parfois dramatiques, comme chez France Télécom. Comment expliquer ce phénomène ?

Sylvaine Perragin. C’est assez paradoxal. Au début du XXe siècle, dans les années 1920 par exemple, les gens travaillaient entre quatorze et dix-huit heures quotidiennement, pour un salaire variant de trois à cinq francs par jour, et ce, dans des conditions parfois dangereuses pour leur santé. A cette époque, la souffrance existait, mais elle était physique, notamment du fait de l’industrialisation massive. Les maladies liées au plomb, à l’amiante ou au charbon étaient fréquentes. Aujourd’hui, les affections physiques liées au travail se sont largement réduites, nous bénéficions de vacances, les conditions sociales se sont améliorées et, pourtant, l’an dernier, 400 suicides liés au travail et 4 000 infarctus générés par le stress professionnel ont été recensés. Les souffrances n’ont donc pas disparu : elles se sont transformées en souffrances psychologiques.

ELLE. Vous déconstruisez, dans votre livre « Le Salaire de la peine », une idée reçue selon laquelle les personnes les plus sensibles seraient les plus exposées à la souffrance au travail...

Sylvaine Perragin. En effet, les personnes fragiles craquent...

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