De bons personnages de séries, les psys ?

Olivier Joyard
·2 min de lecture
© HBO
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“J’ai 45 ans, je suis grosse, je suis une gouine qui n’a rien fait de sa vie, c’est ça mon identité ?” Dans le cabinet de sa psy, une patiente s’agite, en pleine crise. Elle annonce qu’elle mettra fin à ses jours si son moral ne s’améliore pas. Son besoin de parler paraît immense. Le monologue se poursuit tandis qu’en face d’elle la thérapeute ne répond rien. “Vous voyez ce que je veux dire ?”

Sur cette question, le flot de mots s’épuise et un silence s’installe. Un silence qui dure. Un gros plan sur le visage livide et la bouche ouverte de la destinataire coupe le suspense : si la psy ne répond pas, c’est parce qu’elle est morte, de sa belle mort pourrait-on dire, en pleine session. Morte sans crier gare. Débrouillez-vous avec mon silence, il se pourrait qu’il soit infini.

Cette scène, qui ouvre la merveilleuse série queer Work in Progress (2019), joue avec une force comique imparable avec le mythe lacanien du·de la psy quasi mutique, celui ou celle qui doit faire “accoucher” la personne qui parle de ses nœuds intérieurs. Mais le gag dit aussi la difficulté d’un dialogue, la rencontre complexe entre deux pratiques : la psychanalyse (ainsi que l’ensemble des psychothérapies) et l’art de raconter des histoires en série. Quelque chose grince souvent, alors même que l’idée du rendez-vous et de la régularité, commune aux deux, aurait pu favoriser un rapprochement naturel.

Rôles secondaires

En thérapie propose pour la première fois en France un analyste en tant que personnage principal d’une série. Pour un art censé inspecter le quotidien et l’intime, il semble étrange que cela se produise aussi tard. Pour une nation passionnée par les psys, ça l’est encore plus. Il y a quinze ans, l’israélienne BeTipul dont elle est adaptée faisait office de pionnière dans son pays. Remakée vingt fois aux quatre coins du monde depuis, la création de Hagai Levi, Ori Sivan et Nir Bergman, constituée uniquement de séances in extenso, ressemble à un arbre majestueux qui cache la forêt.

Si les personnages de psys sont légion dans les séries depuis au moins M.A.S.H. – diffusée durant toutes les seventies – et son médecin militaire bienveillant au chevet des traumatisés de la guerre de Corée, ils et elles ont presque toujours occupé des rôles secondaires. Seule la méconnue série animée Dr. Katz (1995-2002) et une autre très confidentielle nommée Shrink (2017) ont fait exception.

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