Camions-citernes et eaux usées réutilisées ou comment les pays de l'UE luttent contre la sécheresse

Camions-citernes et eaux usées réutilisées ou comment les pays de l'UE luttent contre la sécheresse

Les Espagnols ont un dicton qui dit que pendant les périodes de sécheresse, les arbres courent après les chiens.

Toutefois, à L'Espluga de Francoli, ce sont les habitants qui attendent désespérément le moindre signe d'eau.

Comme de nombreuses villes espagnoles, cette municipalité, située dans les collines de Catalogne est soumise à des restrictions d'eau, depuis le mois d'août 2022.

L'Espagne a connu le début d'année le plus sec depuis les années 1960, la Catalogne et la région méridionale de l'Andalousie étant les régions les plus touchées.

À l'instar de nombreux autres pays européens qui luttent contre le manque d'eau, l'Espagne a investi dans un plan de résolution de ce problème, avec un programme de 12 milliards d'euros destiné à réutiliser davantage d'eau, à construire des usines de dessalement et à améliorer les infrastructures de gestion de l'eau.

"Nous avons besoin de réponses structurelles et d'investissements constants", a affirmé la ministre espagnole de l'environnement par intérim, Teresa Ribera, après l'annonce du programme d'aide la semaine dernière.

Les nombreuses vagues de chaleur qui ont frappé l'Espagne et d'autres régions d'Europe, cet été, ont accru l'évaporation de l'eau, tandis que la consommation d'eau augmentait.

Selon les dernières statistiques du gouvernement, les réservoirs espagnols ne comptent plus que 37 % de leur niveau normal.

Prières, bouteilles et camions-citernes

À L'Espluga, le père Antonio Rosario a même invoqué le Seigneur pour demander aux cieux de s'ouvrir lors d'un service spécial datant du XVIIIe siècle. Mais ses prières n'ont pas encore été exaucées.

Les robinets de la ville sont fermés entre 22 heures et 7 heures du matin, ce qui empêche de faire le ménage, de laver les assiettes ou de prendre une douche. Comme beaucoup d'Espagnols mangent tard, cela affecte leur mode de vie.

Pendant la journée, les villageois collectent de l'eau dans des bouteilles ou des seaux afin d'en avoir suffisamment pour les besoins quotidiens.

Chaque jour, jusqu'à dix camions-citernes, transportant chacun entre 12 000 et 29 000 litres, apportent de l'eau à une ville dont les nappes phréatiques s'épuisent.

"Nous sommes soumis à des restrictions depuis le mois d'août de l'année dernière. Le problème est que les nappes phréatiques s'assèchent maintenant, donc les personnes qui s'approvisionnent elles-mêmes dans des puits seront bientôt affectées ", affirme, à Euronews, Pep Morató, porte-parole du conseil municipal de L'Espluga de Francoli.

Les autorités catalanes ont déclaré un "état d'exception" en raison de la pénurie d'eau. Les villes et les villages soumis à des restrictions doivent réduire leur consommation par personne à 230 litres par jour, contre 250 litres par jour, niveau introduit dans ce que les autorités appellent une situation de "pré-alerte".

L'eau destinée à l'usage humain n'a pas encore été limitée, mais les restrictions signifient que l'arrosage à des fins agricoles sera largement interdit et que l'utilisation à des fins industrielles et récréatives devra diminuer de 25 %.

Actuellement, les réserves sont tombées à 22 %, soit à peine plus qu'en 2008 (20,5 %), lorsque des bateaux transportant de l'eau avaient été envoyés à Barcelone pour soulager la crise.

Constanza Saavedra, du département de l'action climatique du gouvernement catalan, a précisé que Barcelone n'aurait pas à acheminer de l'eau par bateau, comme ce fut le cas lors de la sécheresse de 2008.

"Par rapport à la sécheresse de 2008, nous produisons plus d'eau dessalée, ce qui équivaut à peu près à un réservoir plein", assure-t-elle à Euronews.

Eaux usées et solutions numériques

France : économiser l'eau

En France, le gouvernement prévoit d'augmenter l'utilisation des eaux usées pour réduire la consommation d'eau publique.

Le ministre français de l'environnement, Christophe Béchu, a prévenu que la crise de l'eau "n'est pas encore derrière nous".

Dans un entretien accordé au journal Libération, publié la semaine dernière, Christophe Béchu a déclaré qu'en dépit de l'augmentation des précipitations dans certaines régions du pays au cours de l'été, près des deux tiers des nappes phréatiques du pays sont restées en dessous des moyennes saisonnières.

Il a ajouté que 62 % des sources d'eau souterraines étaient inférieures aux moyennes saisonnières et que 18 % étaient "très basses". Selon le gouvernement, quelque 1 022 communes françaises ont été désignées "zones de catastrophe naturelle" en raison de la sécheresse.

Ces communes sont principalement approvisionnées par des camions-citernes ou de l'eau en bouteille parce que l'eau du robinet est impropre à la consommation ou que les robinets sont à sec.

Les zones les plus touchées se situent dans le bassin méditerranéen, la vallée du Rhône et la Bretagne.

En mars, Emmanuel Macron a présenté un plan d'économie de l'eau de 180 millions d'euros visant à réduire la consommation de 10 % d'ici 2030 et à faire passer la réutilisation des eaux usées de 1 % à 10 %. Une partie du plan consiste à réparer les fuites qui gaspillent 20 % de l'approvisionnement chaque année.

Italie : le recours aux nouvelles technologies

En Italie, les agriculteurs se tournent vers des techniques anciennes et nouvelles pour sauver la production de denrées comme l'huile d'olive et le prosecco.

L'année dernière, le pays a connu la pire sécheresse depuis 70 ans, mais l'année 2023 a connu un nouvel été étouffant, interrompu seulement par des tempêtes de grêle dans le nord.

Andrea Ronca, qui cultive des céréales dans l'exploitation familiale de Mantoue, dans le nord de l'Italie, utilise des images satellite pour savoir où ses terres sont les plus sèches.

"Je peux ajuster l'irrigation à tout moment, même depuis mon smartphone, évitant ainsi tout gaspillage", a expliqué Andrea Ronca à Reuters.

La part des terres cultivées à l'aide d'outils numériques est passée à 8 % en 2022, contre 6 % l'année précédente, tandis que les dépenses des agriculteurs et des gouvernements en matière de technologie ont atteint 2,1 milliards d'euros, contre seulement 100 millions d'euros en 2017, selon l'Observatoire de l'agroalimentaire intelligent de l'École polytechnique de Milan et de l'Université de Brescia.

Les viticulteurs utilisent des capteurs pour surveiller l'air et le sol afin d'évaluer la température et l'évaporation des feuilles. Cela aide les vignobles à résister à la sécheresse.