Cancers : les scientifiques alertent d'une épidémie mondiale chez les moins de 50 ans

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Selon Santé Publique France et l’Institut national du cancer (INCa), le nombre de nouveaux cas de cancers diagnostiqués correspond à plus de 1000 par jour. Des chiffres qui ne cessent d’augmenter, contrairement à l’âge moyen des patient.es, qui diminue dangereusement. 

Et selon des chercheurs du Brigham and Women's Hospital (Boston), cette ascension n’est pas prête de cesser. Dans leur étude publiée le 6 septembre 2022 dans la revue Nature Reviews Clinical Oncology, ils évoquent même une “épidémie mondiale émergente” de cancers chez les moins de 50 ans.

Si les scientifiques précisent que tous les types de cancers sont en croissance chez les moins de 50 ans, sont principalement concernés les cancers du sein, du côlon, de l'œsophage, du rein, du foie et pancréas.

D’après eux, l'alimentation ultra-transformée, l'obésité mondiale grandissante et l'environnement de vie auraient un véritable impact sur le développement de nombreux cancers reliés au système digestif.

“Sensibiliser à l'épidémie de cancer précoce et améliorer l'environnement de vie, dès la petite enfance, devraient être nos objectifs immédiats : ceux-ci sont susceptibles de réduire le fardeau des cancers précoces et tardifs”, est-il précisé dans le texte.

Une augmentation inquiétante des cas de cancers chez les moins de 50 ans

Selon les données de l’INCa, l’âge médian au diagnostic est de 68 ans chez l'homme et de 67 ans chez la femme. “Depuis 30 ans, le nombre global de nouveaux cas de cancer en France augmente chaque année”, ajoute la Fondation pour la recherche contre le cancer (ARC). 

Une observation que viennent corroborer les chercheurs de l’étude révélée le 6 septembre 2022. “Nous avons calculé que ce risque augmente à chaque génération. Par exemple, les personnes nées en 1960 ont un risque d'avoir un cancer avant 50 ans plus important que celles nées en 1950, et nous prévoyons que ce risque continue d'augmenter dans les prochaines générations”, a déclaré Suji Ogino, professeur et médecin-chercheur au département de pathologie du Brigham and Womens’s Hospital, dans un communiqué publié à la sortie de l'étude.

Mais les scientifiques vont plus loin. Évoquant une “épidémie mondiale émergente” depuis les années 1990, ces derniers ont dressé une liste longue de "14 familles de cancers différents dont l'incidence a augmenté chez les moins de 50 ans entre 2000 et 2012".

“L'équipe a recherché les études disponibles qui examinaient les tendances des facteurs de risque possibles, y compris les expositions précoces dans la population générale”, mais aussi la “littérature décrivant les caractéristiques tumorales cliniques et biologiques des cancers précoces par rapport aux cancers tardifs diagnostiqués après 50 ans”, détaille le communiqué.

Les chercheurs en ont conclu que huit de ces cancers étaient reliés au système digestif.

Le mode de vie contemporain, facteur de risque de plusieurs cancers ?

Mais comment expliquer cette augmentation ? Par l’adoption de nouvelles habitudes de consommation et d’un mode de vie plus sédentaire chez les occidentaux depuis les années 1950, théorisent les chercheurs. 

“L’exposome au début de la vie, qui englobe le régime alimentaire, le mode de vie, le poids, les expositions environnementales et le microbiome, a considérablement changé au cours des dernières décennies”, est-il précisé dans l’étude, ce qui pourrait “contribuer à l'épidémie de cancer précoce”. On appelle exposome l’ensemble des facteurs auxquels nous sommes exposés durant notre vie et qui influent sur notre santé, rappelle l'INRAE. 

Parmi ces facteurs de risques auxquels nous sommes de plus en plus exposés à travers les générations, l’étude cite notamment la consommation d'alcool, la privation de sommeil, le tabagisme, l'obésité et la consommation d'aliments ultra-transformés. D’après l’étude, nombre de ces facteurs ont contribué à une “altération du microbiome.”

“La nourriture que nous mangeons nourrit les micro-organismes de notre intestin. Le régime alimentaire affecte directement la composition du microbiome et, éventuellement, ces changements peuvent influencer le risque de maladie", a précisé Tomotaka Ugai, chercheur à l'École de santé publique d'Harvard et premier auteur de l'étude.  

Davantage d’études prospectives sont nécessaires afin d’étudier les expositions précoces et leurs implications pour plusieurs types de cancer. “L'amélioration de l'environnement au début de la vie doit être un objectif immédiat : cela pourrait réduire le fardeau des cancers précoces et tardifs”, arguent les chercheurs, dont les propos ont été relayés par Futura Sciences.

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