Ces motifs inavouables de rupture : “J'ai quitté un ex à cause de son nez. J'avais peur que nos enfants soient moches"

Lucile Bellan
·7 min de lecture
Ces motifs inavouables de rupture
Ces motifs inavouables de rupture

On n’est pas toujours fiers d’être à l’origine d’une rupture, d’autant plus quand celle-ci fonde ses raisons dans des motifs inavouables. Souvent, l’explication est plus profonde qu’il n’y paraît.

Au début des années 2010, Patrick Moote demande sa petite amie en mariage pendant un match de basket. Mais celle-ci refuse sous prétexte qu’il a un trop petit pénis. La vidéo de cette humiliation publique est mise en ligne sur youtube et devient virale. Patrick Moote décide de reprendre le contrôle sur cette histoire en produisant un documentaire autour de la taille de son pénis, l’importance de celle-ci et les possibilités d’agrandissement, intitulé Unhung Hero.

“Je ne vais pas sortir avec un monstre”

En 2001, la comédie des frères Farelly L’amour extra-large abordait aussi en filigrane la question de la rupture pour des raisons absurdes. Dès les premières minutes du film, Hal, le héros incarné par Jack Black, et son meilleur ami Mauricio incarné par l’acteur Jason Alexander, dansent dans une boîte de nuit en draguant, sans succès, toutes les plus jolies filles de l’endroit. Mauricio explique à son meilleur ami qu’il va bientôt quitter sa compagne Lindy, “un vrai canon cette fille” : “Je peux te dire que dans l’intimité c’est carrément une autre histoire, je te jure. On est assis tous les deux tranquilles, elle se met pieds nus sur le divan et je vois tout d’un coup que son deuxième orteil est plus long que son gros orteil d’une bonne phalange.” Il précise : “Je ne vais pas sortir avec un monstre.” Plus tard dans le film, on apprendra que Mauricio est lui-même atteint d’une légère difformité physique et que c’est la raison pour laquelle il n’arrive pas à s’impliquer dans une relation depuis le départ.

“Il confondait Truffaut (le pépiniériste) et Truffaut (le cinéaste).”

Et oui, on ne quitte pas toujours quelqu’un par manque de sentiments. Parfois d’autres raisons viennent s’en mêler. Quand j’ai demandé aux internautes de témoigner de leurs pires raisons de ruptures, c’est souvent le manque de culture qui est souligné. Émilie raconte : “Une fois, j'ai quitté quelqu'un avec qui je venais de passer deux semaines parce qu'il ne savait pas ce qu'était le Débarquement. J'étais adolescente et bête. Aujourd'hui, jamais je referai un truc aussi méprisant !” Oriane évoque avec humour le même mécanisme : “Il confondait Truffaut (le pépiniériste) et Truffaut (le cinéaste).”

Elle m'avait dit aimer le club de foot de l’OM, et l'ensemble de son set de lit (draps, couette, coussin) était bleu et blanc avec le logo du club… Un tue-l'amour direct.

Parfois c’est aussi la trop grande différence de goûts qui est en cause, comme le raconte Nicolas : “Après avoir rencontré une fille sur Meetic (oui ça date de 2004 environ), on est allé chez elle pour la première fois. Elle m'avait dit aimer le club de foot de l’OM, et l'ensemble de son set de lit (draps, couette, coussin) était bleu et blanc avec le logo du club… Un tue-l'amour direct. Je suis reparti quelques minutes plus tard, en invoquant un RDV que j'avais oublié… Un peu lâche mais j'étais désemparé.” Parfois les divergences sont politiques, c’est ce qu’a vécu Sarah : “Le mec dont j’étais amoureuse depuis 17 ans m’a instantanément dégoûtée quand j’ai compris qu’il était très très pote avec une ministre que je trouve profondément débile.”

“Je n’aimais pas son nez”

D’autres fois, c’est le physique qui est en cause. Adelythe a eu peur des conséquences pour sa descendance : “J'ai quitté un ex qui cochait à peu près toutes les cases mais j'avais peur que nos enfants soient moches parce que j'aimais pas son nez (et j'ai fait une gosse avec un type bien plus moche que lui, mais ça va elle est jolie comme tout). Rétrospectivement je pense que j'ai trouvé le truc le plus débile qui soit et j'ai fait une fixette dessus parce que j'avais trop peur de l’engagement.”

Pour William, c’est le manque de soin accordé à la tenue qui a été un coup de grâce : “Ça faisait déjà 2/3 semaines qu’on se parlait via Snapchat. Le truc c’est que quand il est arrivé, j’ai vu qu’il portait exactement la même tenue que les deux derniers jours. Je sais qu’objectivement c’est pas énorme mais dès le début je me suis dit qu’il faudrait vraiment qu’à part ça ça soit le date parfait s’il voulait qu’on se revoie... (spoiler: ça n’était pas le date parfait).”

C’est comme si l’on cherchait à combler par personne interposée ce qui est sensible chez nous, plutôt que de chercher à avancer personnellement sur le sujet.

Un mécanisme inconscient

La psychothérapeute Laure Farret évoque les mécanismes du couple comme raisons de ruptures qui peuvent parfois sembler légères : “Plus souvent que l’on peut croire, on cherche par le biais de notre conjoint à combler quelque chose en nous. Par exemple, une personne qui manque de confiance en elle va se mettre en couple avec quelqu’un de très assuré ; le classique mais souvent vrai : une personne n’a pas eu de père/de mère, ou alors un parent défaillant, et se met en couple avec quelqu’un de beaucoup plus âgé ; quelqu’un qui a manqué de sécurité pendant son enfance, ou qui a souffert des nombreuses relations extraconjugales de l’un de ses parents se mettra en couple avec quelqu’un de dévoué en qui il a toute confiance, quitte à s’ennuyer profondément ; quelqu’un qui ne supporte pas d’être remis en question se mettra en couple avec quelqu’un de timide, d’effacé, quitte à s’ennuyer et le mépriser par la suite… la liste est très longue. C’est comme si l’on cherchait à combler par personne interposée ce qui est sensible chez nous, plutôt que de chercher à avancer personnellement sur le sujet.

Ces relations sont fondées sur beaucoup de projections. L’autre sert à combler ses propres névroses, angoisses, et on n’est pas en couple avec lui ou elle pour ce qu’il ou elle est réellement.

Dans ces types de relations, la personne comblant ses angoisses via son conjoint ne va plus les ressentir au bout d’un moment et se sentira beaucoup plus assurée. Et là patatras. Elle croit ne plus avoir “besoin” de l’autre puisqu’elle est rassurée, et tout à coup tous les défauts de l’autre apparaissent, elle ne verra plus que ça. Et des défauts, on en a tous ! Donc cette personne va prendre le moindre prétexte : manque de culture, passion pour le foot, etc, pour se séparer. Bien sûr, comme elle n’a rien résolu, elle répètera ce même schéma dans toutes ses relations amoureuses. J’ajoute que ce mécanisme est complètement inconscient ! Elle croit dur comme fer que tous les petits défauts de l’autre sont absolument rédhibitoires.

Ces relations sont fondées sur beaucoup de projections. L’autre sert à combler ses propres névroses, angoisses, et on n’est pas en couple avec lui ou elle pour ce qu’il ou elle est réellement.” Laure Farret met l’accent sur la révélation de nos propres failles : “Ces raisons absurdes de ruptures pointent ce qui “pêche” chez nous : nos angoisses, nos peurs, bref, tous les sujets qui nous sont très sensibles. Et sur lesquels nous ferions bien de travailler, notamment par le biais de la psychothérapie, pour ne pas répéter les mêmes comportements dans chacune de nos relations amoureuses …”

Rétrospectivement, il nous arrive souvent d’analyser ces histoires avortées et les raisons réelles de ces ruptures. Toutes les relations n’ont juste pas vocation à être vécues. Lors de ma demande de témoignages, j’ai pu constater que ces anecdotes étaient, avec le temps, moins sources de honte que le reflet de failles plus anciennes, parfois résolues depuis.

À LIRE AUSSI :

>> Largué.e, délivré.e : "Je suis restée absente jusqu’à ce qu’il prononce les mots"

>> L'Amour au temps du confinement : "Je ghoste beaucoup. Beaucoup plus même qu’avant le confinement.”

>> Fails love du déconfinement #2 : "Mon couple aura survécu au confinement mais pas au déconfinement"