C'est mon histoire : « À 35 ans, j’ai pu enfin vivre ma vocation »

Véronique Houguet

Prisonnière d’un échec, Laura a fini par passer à côté de sa vie. Jusqu’au déclic, douze ans plus tard, qui lui permet enfin de se réaliser.

Lorsque, à 23 ans, j’échoue pour la seconde fois au Capes de lettres, le sésame pour enseigner au lycée et au collège, je me sens orpheline de mon rêve, orpheline de moi-même en quelque sorte. Car je suis née prof. J’ai toujours fait la classe, à mes poupées, à mes frères, à mes parents. Mon modèle, c’est ma grand-mère, qui était institutrice, la « femme de ma vie ». Alors qu’une vie de labeur à l’usine du bourg se dessinait devant elle, elle a défié l’autorité paternelle pour partir, seule, étudier en ville. Elle m’a transmis sa détermination à toujours combattre le sentiment de fatalité auquel on se croit arrimé, qui empêche d’empoigner son destin, autant que sa joie de révéler un élève à lui-même. « Enseigner, c’est comme donner vie à une partition. Les cancres ne savent pas encore qu’ils sont aussi bons que les autres », me soufflait-elle, les yeux rieurs. « Moi aussi, je vais tenir ce rôle de passeur », me répétais-je en préparant le Capes. Sauf que je me suis trahie. À l’écrit comme à l’oral, j’ai eu des notes déplorables, alors que mes masters 1 et 2 sont couronnés de la mention Très Bien. La différence ? Je jouais ma vie au Capes. La peur de ne pas être à la hauteur, de décevoir et d’être jugée par ceux que j’aime s’est traduite par une anxiété de performance paralysante. Ma confiance en moi s’est délitée avec la même violence qu’un barrage hydraulique cédant sous la...

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