C'est mon histoire : « Dire que je ne voulais pas de cet enfant »

Sarah Bouleaux

Tarek et Nina sont amants. Ils ont la petite quarantaine quand elle tombe enceinte. Travailleur humanitaire dans un pays en guerre, il ne se voit pas devenir père. Mais Nina décide de garder le bébé...

« Je suis désolée de t'embêter, je sais ce qu'on s'était dit, mais là, il faudrait qu'on se parle, malgré tout. » J'ai relu le mail de Nina, et j'ai souri : elle avait toujours eu un certain sens de l'euphémisme. « Embêter », c'est pour le champ de ruines dans lequel je me trouvais, travailleur humanitaire dans un Irak d'après-guerre. « Ce qu'on s'était dit », c'était ni plus ni moins de couper définitivement le contact entre nous, après un an d'une relation en pointillé, aussi passionnée, douloureuse, sensuelle que stérile. Enfin, « stérile », façon de parler : Nina était enceinte de moi. Je l'ai compris très vite, au téléphone, le soir même, malgré la mauvaise qualité de la liaison. Je venais de passer quinze ans dans des zones difficiles, je pensais être blindé contre tout choc émotionnel. Mais cette nouvelle était un coup de tonnerre et j'ai été incapable d'articuler un mot. Nina a poursuivi : « Je sais, c'est complètement fou, tu es à des milliers de kilomètres, et puis on n'a jamais été dans un projet parental, tous les deux… À peine amoureux, d'ailleurs ! Mais j'ai cette vie en moi. Et j'ai 41 ans. Et je suis complètement larguée. J'ai besoin de ton aide : si tu veux que j'avorte, je le ferai. Si tu veux qu'on le garde, alors on y va. Ce sera peut-être un peu rock'n'roll, mais on y arrivera. » Nina qui pleurait, Nina qui demandait de l'aide, je n'en revenais pas. C'était sa liberté, sa force, son indépendance,...

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