C'est mon histoire : « Comment j'ai cessé d'avoir honte de ma mère »

Soline Delos

Toute son enfance, la mère d'Eva, flamboyante et hors cadre, a distillé en elle un sentiment de honte. Jusqu'au jour où ce sentiment s'est mué en fierté.

« Alors, tu as honte de ta vieille mère ? » À la lecture de « La Promesse de l'aube », j'avais la vingtaine passée, un rideau s'est déchiré pour faire surgir la lumière. La fin d'un sale sentiment : celui d'avoir eu honte de ma mère. Je n'étais plus seule. En un passage mythique, il me semblait que Romain Gary décrivait ce que je n'avais jamais réussi jusque-là à exprimer ni à avouer... Les sentiments antinomiques que, enfant, j'avais ressentis pour ma mère : un amour mêlé de gêne. Je ne sais plus quand j'ai éprouvé ce sentiment pour la première fois, sans doute à l'école. Le regard de l'autre. Et ma mère s'y entendait pour attirer les regards, se fichant royalement du qu'en-dira-t-on et du politiquement correct. Même si, pas à une contradiction près, voulant toujours le meilleur pour ses filles et prête à tout pour nous l'offrir, elle nous avait scolarisées, ma sœur et moi, dans l'une des écoles les plus huppées de la capitale. Là, alors que les mères, bourgeoises bon ton et discrètes, à l'instar de notre uniforme bleu marine, venaient chercher leur progéniture, attendant patiemment que les uns et les autres montent dans les voitures, ma mère, elle, arrivait toujours tambour battant. Ou pour être plus précise, en klaxonnant, pour faire accélérer le mouvement. Cela aurait pu être moins gênant si, en face de l'école, il n'y avait pas eu une clinique devant laquelle un panneau disait clairement « Défense de klaxonner ». La...

Lire la suite de l'article sur Elle.fr

A lire aussi