C'est mon histoire : « J'aurais pu passer à côté de mon père »

Soline Delos

Élise a souffert toute sa jeunesse des silences de son père. Jusqu'à ce qu'un jour une simple phrase lui ouvre les yeux sur l'homme qu'il était.

Never explain, never complain. Quatre mots pour résumer mon père, physique à la Cary Grant, si secret et si pudique… Aujourd'hui, je me demande s'il ne se retournerait pas dans sa tombe de savoir que j'écris sur lui. Ou plutôt, s'il ne trouverait pas cet exercice profondément ridicule, qu'il balaierait vite fait d'un « what a strange idea ! ». Car dès notre naissance, il avait décidé de nous parler anglais, à ma sœur et à moi. Non pas par snobisme, quoique, mais parce que ses parents et lui-même avaient un temps vécu aux États-Unis. Aussi, pour parfaire notre instruction et transmettre l'américanophilie familiale, il avait choisi de s'adresser à nous exclusivement dans la langue de Shakespeare. Côté face, l'enfant que j'étais y voyait une source de fierté incommensurable – ce père à l'élégance incarnée, et cet anglais qui nous singularisait de mes camarades. Mais, côté pile, je le compris plus tard, cette langue étrangère, qui reflétait parfaitement son tropisme anglo-saxon, notamment pour notre éducation, instaurait aussi une distance. « Stand straight, stop whining » (tenez-vous droites, cessez de geindre)… c'est avec ces injonctions que nous avons été élevées – petites, nous aurions su nous tenir sans faire tache à la cour de la reine d'Angleterre ! Et pour les mots doux, il fallait repasser. C'est du moins ce qui s'est gravé dans ma mémoire à 7-8 ans lorsque, un soir, alors qu'il sortait dîner avec ma mère, je lui...

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