Château de La Haute Borde : l’art en résidence

Au cœur de la vallée de la Loire, le château de la Haute Borde vient de terminer sa mue. Ouvert à la nature et à l’art, il reçoit désormais hôtes de passage et jeunes artistes qui laissent libre cours à toutes leurs fantaisies créatives. « Céline, contrairement à moi, a une approche minimaliste de la collection », s’amuse le grand antiquaire d’art asiatique Jacques Barrère en posant son regard d’expert sur l’installation des œuvres d’art disséminées dans le vaste espace épuré. Ce collectionneur compulsif a parié avec raison sur l’avenir en laissant les clés de la propriété familiale à sa fille. Ce château XIXe, dans le goût « pâtisserie néo-gothique », avait été transformé en hôtel-restaurant dans les années 70 jusqu’à ce que la famille Barrère l’investisse pour en faire sa résidence secondaire. Quinze années plus tard, Céline Barrère et son associée Cécile Simon – cofondatrices du Studio Barrère & Simon – ont une idée très précise de la façon dont elles vont faire revivre la Haute Borde. Les deux photographes trentenaires, également directrices artistiques et réalisatrices de campagnes de publicité, souhaitent recevoir des artistes en résidence et ouvrir cinq chambres d’hôtes dans cette grande demeure. Elles associent à leur projet Violette Platteau, experte en communication, qui gère la présélection des artistes postulant sur le site de la Haute Borde. Si l’idée de créer un lieu créatif en harmonie avec la nature a germé bien avant la crise sanitaire du Covid-19, le confinement a permis au trio de finaliser le projet sur lequel il travaillait depuis deux ans. C’est l’agence MPM Architecture qui prend en main le chantier. Le cahier des charges est limpide : privilégier des matériaux durables et écologiques, sans sacrifier à l’esthétique et au luxe. Et faire travailler des artisans locaux, appelés à venir régulièrement au château pour le suivi des travaux. Les architectes Charles Marmion, cofondateur de l’agence, et Jeanne Lefrand dessinent pour chaque chambre une salle de bains cloisonnée mêlant briques brutes laissées apparentes et marbre de récupération. La designer Erin Korus et la chineuse Julie Barrau sélectionnent les luminaires et les accessoires. Céline Barrère, qui a grandi au milieu des œuvres d’art, puise dans les collections familiales les meubles des grands décorateurs du XXe siècle ainsi que les pièces d’art asiatique qu’elle aime, puis le trio part chiner en Europe le reste du mobilier.Une des ailes du domaine est réservée aux artistes en résidence. Parmi les premiers invités : le peintre Antoine Carbonne, exposé dernièrement à la Villa Noailles. A l’occasion de son séjour, il s’est invité sur les murs du château en peignant une grande fresque dans le salon blanc. Pendant qu’artistes et hôtes de passage prennent possession des lieux – les chambres d’hôtes sont ouvertes jusqu’à fin novembre –, la ferme du château se transforme en ateliers, dont un dédié à la céramique. Plus loin, le jardin potager en permaculture produira à l’automne les premiers légumes qui seront mitonnés dans la vaste cuisine de la Haute Borde. Le rêve utopique est devenu réalité.