Chiner, assembler, illuminer… Quand Philippe Corbin signe la déco de ses maisons

Le fondateur de Leon & Harper aime autant les belles étoffes que les meubles de designers. Sa maison parisienne, à deux pas du canal Saint-Martin, est l’image de son propriétaire : délurée et débordante de créativité. Visite des lieux en compagnie de ce touche-à-tout.« On est véritablement au cœur de Paris et pourtant un calme absolu règne », fait remarquer Philippe Corbin. Depuis plusieurs années, le fondateur de Leon & Harper s’est établi quai de Jemmapes, l’une des deux rives du canal Saint-Martin. Un quartier animé qui a le mérite d’être à quelques centaines de mètres du showroom de la marque, situé dans le Haut-Marais. Comme dans ses boutiques, le créateur de mode aime accumuler objets, œuvres d’arts et meubles chinés. Son credo ? Assembler, tenter des compositions tout en faisant preuve de cohérence. Sa maison, véritable havre de paix, a donné à son propriétaire l’envie de la « décliner » à une seconde adresse. Il finalise actuellement sa résidence secondaire dans les Landes, à Seignosse, qui ressemble à s’y méprendre à sa demeure parisienne. Rencontre.ELLE Décoration. Comment qualifierez-vous le style de votre maison ?Philippe Corbin. Je dirais qu’elle est très hétéroclite ! De manière générale, j’affectionne l’accumulation, la dissonance. Selon moi, un mur blanc est surtout intéressant s’il est recouvert de tableaux, d’objets en tous genres. L’assemblage m’inspire. Prenons un tableau de Pierre Soulages, par exemple. Certains esprits élitistes jugent de ne rien apposer à ses côtés. Et bien moi, je pense tout le contraire !Dans un intérieur, je n’aime pas me dire que je suis dans un « décor ». Lorsque j’ai l’impression de me retrouver dans un endroit figé, alors je suis angoissé. Ce que j’aime, c’est lorsque les lieux ont une histoire et que je puisse me dire : « Qu’est-ce qui a bien pu se passer ici dans le passé ? »À lire > Visite en vidéo : Maison Villeroy, tout le chic parisien à deux pas de la tour EiffelELLE Décoration. Avez-vous eu des influences ? Si oui, lesquelles ?Philippe Corbin. Je n’ai pas vraiment de modèles. Certes, il y a des artistes que j’affectionne comme Alain Richard ou Jean Nouvel. Plus que des influences, ce que j’aime, c’est chiner et faire des compositions dans mon habitation. Tout cet assemblage va créer une nouvelle unité et c’est finalement plus inspirant. Effectivement, au premier abord, je reconnais que le style de la maison puisse désarçonner.ELLE Décoration. L’un des points forts de la maison reste évidemment la lumière, qui pénètre à grands traits à travers les nombreuses baies vitrées…Philippe Corbin. Selon moi, c’est un paramètre fondamental. Avec ma maison dans les Landes (à Seignosse, NDLR) que je suis en train de finaliser, j’ai également voulu que la lumière pénètre à grands traits. Comme c’est le cas avec celle de Paris, j’ai souhaité qu’elle soit ouverte sur l’extérieur et qu’elle n’est quasiment pas de murs. Je dirais qu’il est très compliqué de vivre sans lumière. Sans quoi, les gens risquent de se replier sur eux-mêmes. Le showroom de Leon & Harper est à l'image de la maison de Philippe Corbin. © Leon & HarperELLE Décoration. Quid des nombreux objets chinés (comme les personnages Disney) que l’on retrouve çà et là ?Philippe Corbin. Ce sont des bibelots que j’ai trouvé dans différents endroits. Dans des ventes aux enchères évidemment mais aussi sur le net. Et puis certains sont des cadeaux de proches qui pensent à moi lorsqu’ils tombent sur de tels objets.Cette accumulation de souvenirs me ressemble et reflète ma personnalité. Pour se faire une idée de qui je suis, le mieux reste encore de visiter ma maison.ELLE Décoration. Quels sont les matériaux incontournables ?Philippe Corbin. Le verre et le corian, assurément. Ce sont deux matériaux que l’on retrouve un peu partout dans la maison mais plus particulièrement dans la cuisine, notamment au niveau de la crédence et de la table haute. Bien sûr, on trouve également d’autres matériaux comme le bois mais je dirais que le verre et le corian sont vraiment ceux qui sont impossibles à louper.ELLE Décoration. Parlez-nous de votre terrasse végétalisée…Philippe Corbin. J’en suis particulièrement fier. Il y a des éléments qui ont de la valeur comme ces deux fauteuils qui viennent de la Villa Noailles. Sur les murs, j’ai choisi un revêtement avec des carreaux. Cela rappelle une piscine même s’il n’y a pas d’eau. La terrasse véhicule une forme de quiétude. Le calme règne alors que l’on se trouve à deux pas du canal Saint Martin.« La mode et la décoration sont deux disciplines assez voisines » ELLE Décoration. Quel est votre rapport avec le milieu de l’architecture et de la décoration ?Philippe Corbin. Je suis tombé dans l’univers du textile assez jeune. C’est un milieu qui m’attire mais à 40 ans, je me suis dit que je pouvais également être architecte et décorateur. Pourquoi se cantonner d’une seule casquette ? Et ce goût pour l’aménagement, je l’ai combiné avec mon activité de styliste en réfléchissant à la composition des points de vente Leon & Harper. L’idée, c’est vraiment que l’on se sente bien dans ces boutiques-là.ELLE Décoration. Il y a tout un travail qui est fait sur l’espace et l’aménagement comme avec cette mezzanine…Philippe Corbin. Il faut voir cette maison comme un loft. Il y a peu de cloisons. Cette mezzanine abrite mon bureau et est à l’image des autres pièces. Beaucoup d’objets y sont entreposés ainsi que des tableaux. D’ailleurs, certains n’ont pas encore trouvé leur place sur les murs !ELLE Décoration. Dans quelle mesure votre expérience professionnelle vous a-t-elle servie dans la décoration de cette maison ?Philippe Corbin. Dans le fond, la mode et la décoration sont deux disciplines assez voisines. On va venir assembler des couleurs, des formes. Dans les deux cas, on va parler de matériaux et des tissus. La seule différence, c’est que lorsque l’on aménage une maison, on ne va pas parler de vêtements. Pour le reste, c’est assez semblable.ELLE Décoration. Quelle a été la place de l’improvisation ?Philippe Corbin. J’ai beaucoup improvisé dans la décoration de cette maison. Je dirais que c’est de l’improvisation réfléchie. Derrière chaque objet que je vais exposer, il y a une réflexion. Rien n’est gratuit ou n’est laissé au hasard dans mes choix pour l’aménagement des espaces.ELLE Décoration. Il y a un vrai calme qui se dégage du lieu. Et pourtant, nous sommes vraiment dans le cœur de Paris…Philippe Corbin. Absolument, nous sommes au 40, quai de Jemmapes. Soit vraiment « sur le canal Saint-Martin ». C’est un lieu qui grouille de monde. Tout le temps. Et pourtant, lorsque l’on passe la porte d’entrée, les bruits se taisent. C’est un endroit vraiment extraordinaire.« Je n’ai pas de biens de grande valeur » ELLE Décoration. Quel est place de l’art (et même des arts) dans cette maison ?Philippe Corbin. À part deux ou trois objets, je n’ai pas de biens qui ont une grande valeur. Ce ne sont pas les objets qui sont intéressants. Ce qui est intéressant, c’est l’ambiance qu’ils véhiculent lorsqu’ils sont mélangés. Selon moi, ce n’est pas parce qu’un meuble est cher qu’il va retenir mon attention. Il y a d’autres paramètres à prendre en compte.ELLE Décoration. Dans la salle de bain, il y a du marbre. Un choix évident ?Philippe Corbin. Disons que je ne suis pas un adepte du carrelage dans les douches. Effectivement, il y a du marbre dans la salle de bain mais de manière assez réfléchie et par petites touches. Après, effectivement, je n’imaginais pas ne pas en avoir, ne fût-ce que par petites touches.ELLE Décoration. Si vous deviez retenir trois objets / meubles, quels seraient-ils ?Philippe Corbin. C’est un choix assez compliqué mais il est vrai que j’ai un lien particulier avec certains biens. Ils ont une histoire particulière. Je dirais donc qu’il y a la lampe en plexiglas de Yonel Lebovici, le meuble en enfilade d’Alain Richard ainsi que le tableau pop de Corita Kent. Une femme fascinante qui était une religieuse catholique américaine !ELLE Décoration. Il y aussi les motifs animaliers qui sont récurrents, comme avec ce tapis zébré dans la chambre…Philippe Corbin. Que ce soit dans cette maison ou dans celle des Landes, il y a toujours des peaux de vaches. C’est un animal que j’adore. Et l’avantage des peaux de vaches, en plus d’avoir plusieurs utilisations en servant de tapis ou de plaids, c’est qu’elles sont résistantes. Elles ne craignent pas le vin rouge, le feu… Non qu’il s’agisse de tout salir mais je pense que la décoration ne doit pas devenir une prison. Le danger, c’est lorsqu’un intérieur devient semblable à un musée.ELLE Décoration. Pouvez-vous nous dire un mot sur votre villa landaise, à Seignosse, que vous êtes en train de finaliser ?Philippe Corbin. Elle ressemble sur de nombreux points à ma maison parisienne. On est exactement dans le même esprit et la même recherche. Certains meubles sont identiques comme la table de la salle à manger. Dans la cuisine, j’ai choisi la même composition. Disons qu’il s’agit de ma maison parisienne que l’on aurait transposé face à l’océan Atlantique !