Coco: pédocriminalité, guet-apens homophobes... comment les criminels prospèrent sur ce site gratuit

Échanges de contenus pédopornographiques, guet-apens... depuis plusieurs années, de nombreuses pratiques illégales sont monnaie courante sur le site internet Coco.gg. Alors que la plateforme est bien connue des autorités, sa fermeture serait pourtant bien complexe à obtenir.

C'est un espace numérique de discussion accessible à tous. Sur le salon "Exibvos Femmes" du site Coco, un internaute caché derrière un pseudo partage la photo d'une femme à demi nue, sans son visage. Calin06 s'exclame "tu pretes". Roberdus surrenchérit "humm super", hmurchf410 abonde "ttres beau". Biardech réitère en partageant cette fois-ci une photo, semble-t-il volée, des fesses d'une femme dans sa salle de bain.

Sur le site internet Coco.gg, il existe des centaines de discussions de ce type. La plateforme, à l'origine française mais désormais établie sur l'île anglo-normande de Guernesey, regroupe des "salons" sur lesquels les conversations à caractère sexuel abondent. "Femmes mures", "gros seins", "sperme", "les BG gay", des noms sans équivoque sur la teneur des échanges. Sur le groupe "Exibvos Femmes", qualifié de "salon populaire", si certaines femmes sur les photos semblent poser, d'autres savent-elles que des clichés de leurs parties intimes sont publiées par leur conjoint?

Le titre du salon "À son insu" ne laisse aucun doute sur les intentions de ses participants. C'est sur ce forum qu'un homme aujourd'hui âgé de 71 ans proposait sa femme à des inconnus. Pendant dix ans, l'homme faisait venir à son domicile d'autres hommes rencontrés sur ce site pour qu'ils violent sa femme, droguée. La mère de famille ne se rendait compte de rien avant que les images de ces abus soient découvertes dans l'ordinateur du septuagénaire, dans le cadre d'une autre enquête. Au total, 51 hommes, et le mari, seront prochainement jugés.

Un site (trop) simple d'utilisation

Cette histoire sordide est loin d'être la seule dans le viseur des services de police et de la justice qui surveillent Coco.gg. En septembre dernier, le chanteur Richard Dewitte, interprète de J'ai encore rêvé d'elle, a été condamné à trois ans de prison pour corruption de mineure. Il avait fait des propositions à caractère sexuel à une adolescente de 13 ans sur Coco. En 2019 déjà, un père de famille à Brest était condamné pour avoir échangé sur un forum des contenus pédopornographiques.

Derrière son interface hyper simpliste, semblable à un site amateur, Coco.gg, qui revendique 500.000 visites par mois, ne fait aucune modération. À la différence de sites prisés des pédocriminels, par exemple, sur le darkweb, celui-ci est totalement accessible de tous. La promesse est de pouvoir discuter en direct, par messagerie ou en webcam, dans des "salons", des forums, ou en privé.

Pour s’inscrire, il suffit de renseigner un pseudo, le sexe, un code postal et un âge. Seule une mention de "reservé aux plus de 18 ans" est précisée mais aucune vérification d'identité n'est demandée. Une fonctionnement qui favorise les dérives. "Ce site permet à des individus avec des intentions mauvaises d'aller au bout de leurs intentions, c'est un vecteur", dénonce Me Caty Richard, qui a vu dans plusieurs de ses dossiers le site Coco.gg apparaître.

Des guet-apens homosexuels

Le 21 janvier 2018, Michel Sollossi a succombé à ses blessures après avoir été poignardé, dans une grand violence, à plusieurs reprises à son domicile de Cergy (Val-d'Oise). Son corps présentait une tentative d'égorgement. Quelques heures plus tôt, il avait retrouvé à la gare de Pontoise un homme rencontré sur Coco et l'avait fait venir chez lui.

"C'est à cause de ce site que le piège s'est refermé sur le père de mes clients", constate l'avocate qui avait défendu les enfants de la victime lors du procès aux assises. La plateforme faisait même partie de son mode opératoire puisque l'homme, condamné à 22 ans de prison pour le meurtre de Michel Sollossi, avait aupravant agressé deux autres hommes homosexuels.

Chris Levoisain, lui, a été victime d'un guet-apens homophobe après avoir rencontré un homme sur Coco.gg. "Il avait une voix très gentille, on a eu un appel, des photos, des vidéos... Je dirais pas qu'il m'a mis en confiance, il m'a amadoué", raconte-t-il, dénonçant aujourd'hui "la dangerosité" du site. En avril dernier, un autre jeune homme avait été violemment agressé, ligoté et dénudé, en raison de son homosexualité, lors d'un rendez-vous à Limoges après un contact pris sur la plateforme de chat. Trois mineurs ont été interpellés et ont été jugés.

Une association demande sa fermeture

"La site est associé à des affaires policières ou judiciaires depuis quasiment aussi longtemps qu’il existe", dénonce l'association Innocence en danger. "Mais le pire encore, c’est qu’avec tous ces scandales, le site est toujours en ligne et les échanges continuent, et se matérialisent en dehors du cadre numérique mettant en danger principalement des femmes et des enfants." L'association demande dans une pétition la fermeture du site.

"Ce n'est pas l'outil en soi qui est mauvais, ce sont les utilisations qui en sont faites qui le sont", résume Me Alexandre Archambault, avocat spécialisé en droit numérique. Et de préciser: "Le transporteur d'une information n'est pas responsable du contenu, c'est un principe qui remonte à la Révolution." Pour le spécialiste, la solution de fermer un site au simple titre que des contenus pouvant être considérés comme une infraction reviendrait à pouvoir suspendre des opérateurs téléphoniques, voire à interdire le téléphone.

Le casse-tête des autorités

Dans la lutte contre la cybercriminalité, il existe ainsi une zone grise concernant les plateformes, sites ou applications, qui hébergent des activités criminelles. Seule la justice pourrait y répondre. Dans le cas de Rencontre Ados, ce site destiné aux 13-25 ans où des prédateurs sexuels sévissent, le gouvernement a annoncé avoir saisi la justice pour obtenir la fermeture du site. "Dans une société démocratique, tant qu'un juge ne se prononce pas, on ne ferme pas un site", poursuit Me Archambault.

Reste que l'article 8 du réglement européen adopté en 2022 pour harmoniser les législations sur les fournisseurs de services intermédiaires en ligne précise que ces derniers "ne sont soumis à aucune obligation générale de surveiller les informations qu'ils transmettent ou stockent ou de rechercher activement des faits ou des circonstances révélant des activités illégales".

Autre écueil: Coco.gg, d'abord immatriculé en France, l'est désormais dans l'île anglo-normande de Guernesey. Il est aujourd'hui la propriété d'une société bulgare. "Sur ce type de problématique, on ne peut agir qu'à l'échelle internationale et de manière coordonnée", pointe l'avocat spécialisé en droit numérique. Le site étant établi hors de nos frontières, l'action en justice devrait être lancée dans le pays d'établissement.

Dans le viseur des autorités, le site Coco.gg est aussi un outil d'infiltration pour remonter des filières ou traquer des activités illégales et leurs auteurs. "Une fermeture pourrait alors contrarier les enquêtes en cours", note Me Alexandre Archambault. Contactés, les services de police et de gendarmerie n'ont pas souhaité donner suite à nos sollicitations.

Article original publié sur BFMTV.com

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