EN IMAGES - Couples mythiques : Jane Fonda et Roger Vadim, la création destructrice

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(Earl Leaf/Michael Ochs Archives/Getty Images)
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Pygmalion habitué à sculpter des sex-symbols, le réalisateur français fit de la jeune actrice américaine une icône (inter)planétaire. Jusqu’à ce que la belle sorte de sa dépendance et se découvre une autre passion. À l’occasion de l’anniversaire de Jane Fonda, qui fête ses 83 ans ce 21 décembre, retour sur une histoire victime de ses propres fantasmes.

L’amour au premier regard

Quand Jane Fonda fait la connaissance de Roger Vadim, elle est en plein tournage du film Les Félins, au côté d’un certain Alain Delon. Un acte d’émancipation pour la jeune femme de 27 ans, désireuse d’échapper à la tutelle glaciale de son père, Henry Fonda. Au sortir du plateau, elle croise le regard de Roger Vadim, et tombe immédiatement sous le charme de cet “homme extraordinaire, totalement charmant, sexy, érotique, moitié russe, moitié français, complexe”.

(REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho via Getty Images)
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“Captivée par cet homme étrange”

Dès le premier soir, la comédienne, que son éducation classique n’a pas préparé à pareille rencontre amoureuse, succombe à ses avances. Elle s’abandonne alors totalement à celui qui va devenir son pygmalion : “Il représentait tout pour moi, reconnaîtra-t-elle en 2005 dans son autobiographie, Ma Vie. J'étais très naïve, très américaine, et totalement captivée par cet homme étrange. (...) Je pensais qu'avec lui je donnerais le meilleur de moi-même comme actrice, mais que je pourrais aussi me réaliser pleinement en tant que femme.”

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Vite entrée dans La Ronde

Le réalisateur ne va d’ailleurs pas tarder à faire passer sa dulcinée devant la caméra. Seulement quelques semaines après leur première rencontre, il la dirige dans La Ronde, remake d'une comédie de mœurs franco-italienne qu’il fait basculer dans un registre torride - créant, au passage, un scandale outre-Atlantique. Pas de quoi troubler Jane Fonda, qui poursuit alors son apprentissage. “C’est une chose très sensuelle d'être mise en scène par son propre amant”, se défend-elle alors. Un amuse-bouche, en comparaison de ce qui l’attend…

(Mondadori via Getty Images)
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Mariage… Et déception

Les tourtereaux ne perdent pas de temps : le 14 août 1965, ils convolent en justes noces dans un hôtel de Las Vegas. Le conte de fée ne va toutefois pas durer. Une fois rentré en France, Roger Vadim tombe le masque : “La jalousie est un concept bourgeois, fait-il savoir à sa troisième épouse. Si j'ai des relations sexuelles avec quelqu'un d'autre, ce n'est pas de la trahison, parce que je t’aime”. Jane Fonda déchante. Mais pas au point de quitter l’homme de ses rêves, même si elle en souffre.

(Keystone-France/Gamma-Keystone via Getty Images)
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“Je ne pouvais m’imaginer sans lui”

Cette douleur intime, elle finira par s’en ouvrir dans son autobiographie. Elle y racontera notamment que son ancien mari aimait agrémenter leurs ébats en invitant des prostituées louées chez Madame Claude, avec qui elle partageait le petit-déjeuner le lendemain. “Cela m'a réellement fait du mal... Ça m'a renforcée dans mon sentiment que je n'étais pas assez bien. J'avais l'impression que si je disais non, il m'abandonnerait, et je ne pouvais m'imaginer sans lui”, écrit-elle. Seul avantage qu’elle tirera de ces expériences interlopes : sa fréquentation assidue des call-girls lui permettra de composer son rôle dans Klute, en 1972, qui lui vaudra un Oscar.

Un nouveau sex-symbol

Les fantasmes qu’éveille Jane Fonda en Roger Vadim ne se bornent pas à l’alcôve. Lui qui est habitué à transformer ses compagnes en objets de désir - Brigitte Bardot en tête - a pour ambition de faire de sa compagne un nouveau sex-symbol. Il ne lui reste plus pour cela qu’à réaliser un autre Et Dieu créa la femme. L’occasion va lui en être donnée en 1967, à la lecture de l'offre du producteur italien Dino De Laurentiis : l'adaptation d'une bande dessinée aussi futuriste que délurée, Barbarella de Jean-Claude Forest.

Une astronaute intergalactique

Peu emballée par le projet, qu’elle a d’abord jeté à la poubelle - comme Brigitte Bardot et Sophia Loren avant elle -, Jane Fonda se laisse néanmoins convaincre par son “ange noir”, qui se place évidemment derrière la caméra. La lecture du pitch du film suffit à comprendre les réticences de la comédienne : une jeune (et plantureuse) astronaute intergalactique, au service du gouvernement de la planète Terre, doit partir en l’an 4000 à la recherche de Durand-Durand, un savant fou dont la dernière découverte menace la survie de l'univers. Tout un programme, servi sur fond de musique psychédélique, et dans des costumes moulants, plastifiés, métallisés et transparents signés Paco Rabanne.

(Mondadori via Getty Images)
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“J'étais si tendue que je me suis saoulée”

Contre toute attente, et en dépit de certaines critiques acerbes, ce sommet du kitch spatio-temporel entre dans la légende du septième art. Au grand étonnement de la principale intéressée : “Je n'ai jamais rien fait qui ressemble à ce film, ni avant ni après, dira la star. Barbarella était terrifiant. Drôle, sauvage. Dans la scène d'ouverture, je suis complètement nue. J'étais si tendue que je me suis saoulée. D'ailleurs, j'étais ivre à peu près tout le temps. Encore un conseil de Vadim !”

(Mondadori via Getty Images)
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Et Vadim créa Fonda

Délirant, le tournage du film va devenir inoubliable pour la star, qui apprend alors qu’elle est enceinte de sa fille Vanessa. Cerise sur le gâteau : la sortie de Barbarella, en 1968, la propulse en couverture du Life américain qui la désigne “Femme la plus désirable du monde”. Le mythe Fonda est né. Une apothéose cinématographique qui contraste avec le naufrage de son couple, alors que sur le pavé parisien gronde déjà la révolte de Mai-68.

(Ullstein bild via Getty Images)
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La naissance d’une militante

Lassée des plans à trois et des soirées alcoolisées qui ponctuent son quotidien, Jane Fonda se prend de passion pour la révolte étudiante qui soulève Paris, et éveille sa conscience. “Pour moi, c'était un miracle (...), une révélation, confiera-t-elle. J'étais entourée de Français qui savaient beaucoup mieux que moi ce que ça voulait dire la guerre du Vietnam. J'étais prête !” Entourée de Simone Signoret, couvée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, l’actrice prend le chemin de l’engagement politique… Et se détourne de sa vie avec son époux.

“Cette nouvelle Jane m'intéressait moins”

Désormais jeune maman, l’artiste cherche un nouveau sens à son existence. Elle essaye, tant bien que mal, de construire une vie de famille dans la ferme achetée avec son mari près de Houdan. Mais le cœur n’y est pas, ni pour elle ni pour son partenaire. “Cette nouvelle Jane m'intéressait moins”, écrira d’ailleurs le cinéaste. Même son de cloche ou presque du côté de l’actrice, qui se met alors à penser qu’elle ne peut “pas être militante en étant la femme de Vadim”.

L’engagement

En 1972, le pygmalion et sa muse divorcent inévitablement. Une nouvelle Jane Fonda retourne aux États-Unis avec son enfant sous le bras, et s'engage contre la guerre du Vietnam. Habitée par la conviction qu'elle ne vivra plus jamais avec un homme, elle épousera pourtant le sénateur démocrate Tom Hayden, alors que Roger Vadim passera la bague au doigt de Catherine Schneider, héritière de l'empire sidérurgique du même nom. Jusqu'à la mort du metteur en scène, en 2000, les deux anciens amants se retrouveront toutefois souvent, fêtant Noël ensemble, avec leur fille Vanessa. L’épilogue serein d’une relation qui ne le fut jamais vraiment.

(Bettmann Archive)
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