Covid-19 à l'école : "Je fais de fausses attestations à mes enfants pour sauver mon job"

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Mother is taking rapid covid-19 test at home to her sick daughter at home. Mother performing nasal swab on her child taking example to analyze if patient is positive for the infectious diseas (stefanamer via Getty Images)

Le nouveau protocole sanitaire à l'école impose aux parents d'enfants malades du Covid-19 ou cas contact de réaliser des autotests, accompagnés d'une attestation sur l'honneur assurant que leur enfant est bien négatif. Mais pour ne pas avoir à louper le travail ou à se compliquer la vie avec l'organisation du quotidien, de plus en plus de parents décident de mentir... Quitte à mettre les camarades de leurs enfants et leurs enseignants en danger.

La gestion de la crise sanitaire du Covid-19 a fait couler beaucoup d'encre et entraîné le mécontentement de nombreux Français. Mais l'aspect qui génère le plus de grogne est sans aucun doute le protocole à destination des enfants à l'école. Les annonces, les modifications constantes et le manque de clarté, accompagnés du manque de moyens mis à disposition des établissements, entraînent une véritable colère chez les enseignants, mais aussi beaucoup d'incompréhension et de difficultés pour les parents.

Désormais, lorsqu'ils sont cas contact, les élèves ne doivent plus passer par la case test PCR ou test antigénique, mais simplement réaliser des autotests à la maison. Les parents doivent en justifier avec des déclarations sur l'honneur. Mais de plus en plus de familles avouent ne même pas se donner la peine de dépister leurs enfants de la sorte. L'idée n'étant pas nécessairement de gruger l'école, mais surtout d'éviter des complications au travail. En particulier lorsqu'ils ont des employeurs peu compréhensifs.

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"Mon fils est cas contact tous les trois jours"

Alexia* est mère d'un petit garçon de 10 ans scolarisé dans le nord de la région parisienne. Dans sa classe, il y a 25 élèves, et c'est déjà la troisième fois que la jeune maman doit aller chercher son fils en plein milieu de la journée car il est cas contact. "Mon employeur commence à en avoir ras-le-bol. Lui a une femme au foyer, qui peut gérer ses enfants en cas de problème avec l'école. Moi, je suis mère célibataire, et il affirme que mes absences répétées à cause du Covid nuisent à l'entreprise. D'autant qu'avec l'absence de protocole réellement efficace à l'école, mon fils est cas contact tous les trois jours."

Pour éviter ce genre de situation, Alexia a tenté de négocier de passer en télétravail à plein temps, puis de pouvoir travailler à domicile en cas de problème, mais son employeur refuse : "Il dit que je n'ai qu'à me débrouiller pour faire garder mon gosse. Mais je ne vais pas le confier à ses grands-parents s'il a le Covid !" Résultat, désormais, elle ne réalise plus d'auto-tests pour son fils, et le déclare automatiquement négatif. "Je ne peux pas me permettre de perdre mon boulot, et je mise sur le fait que les cas graves chez les enfants soient extrêmement rares, et sur l'efficacité du vaccin", confie-t-elle, avec malgré tout une certaine culpabilité. "S'il arrivait quelque chose à mon fils, à un de ses camarades ou à sa maîtresse, je ne sais pas ce que je ferais. Mais en attendant, je suis coincée. Il faut bien que je paie notre loyer."

"En tant que freelance, je ne peux pas avoir tout le temps mes enfants dans les pattes"

De son côté, Maryse* est confrontée à un problème différent. En tant que freelance, elle n'a pas de patron à qui répondre au quotidien, mais des clients qui attendent d'elle qu'elle tienne ses délais. "J'ai deux fils que j'aime plus que tout, et si je me suis mise en freelance, c'est aussi pour pouvoir passer plus de temps avec eux, et adapter mes horaires. Mais les avoir à la maison tout le temps, c'est trop compliqué et je ne peux plus rien faire. Et si je ne fais rien, je ne gagne pas d'argent."

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À l'école primaire de ses enfants, les élèves sont brassés en permanence : certaines classes ont cours de sport ensemble, personne ne porte de masque à la cantine, et si un enseignant est absent, les élèves sont répartis dans les autres classes. Par conséquent, les cas contacts sont nombreux. "Depuis la rentrée de janvier, j'ai déjà dû aller chercher mes fils trois fois parce qu'ils sont cas contact. En deux semaines et demi... À chaque fois qu'ils sortent de la période de risque, ils y retournent aussi sec, comme tous les autres gamins. Et moi je suis bloquée." Pourtant, la première semaine, la maman a essayé de faire les choses comme il faut. "Sauf qu'entre les pénuries d'autotests, les pharmacies où il faut faire la queue une heure pour avoir un antigénique, les labos surchargés... Eh bien ce sont encore des heures de perdues sur ma journée de travail, des enfants inquiets, fatigués et frustrés, et donc plus de bazar après à la maison. Alors, j'ai abandonné."

"J'ai l'impression que toute la pression repose sur les mamans"

Salariée d'une grande entreprise, Isabelle* est mère de trois enfants. Elle estime avoir la chance de pouvoir compter sur son mari, assez disponible. "On se partage les jours de garde et les départs intempestifs pour ne pas trop impacter nos vies professionnelles. Ça nous paraît logique, mais j'ai l'impression que ce n'est pas la norme de partout." Lors du premier confinement, les femmes avaient déjà subi de plein fouet la charge mentale de l'école à la maison, et cela semble continuer avec le nouveau protocole sanitaire à l'école.

"Quand mes collègues en discutent, les mecs disent toujours que leur femme a été obligée de poser des congés, et les femmes ont toutes dû s'absenter au moins une fois pour aller chercher leurs enfants. Ce sont elles qui gèrent la vaccination et le pass sanitaire de leur famille, et les hommes ont l'air de trouver ça normal, que ce soit au niveau du patronat comme des employés. En tout cas, dans ma boîte, c'est comme ça que ça se passe. On critique les absences des femmes, sans se demander si leurs maris ou conjoints font leur part de leur côté." De son côté, elle ne s'en cache pas : "Si je n'avais pas mon mec pour assurer à la maison, j'aurais sans doute aussi fait de fausses attestations sur l'honneur pour pouvoir aller bosser. C'est triste, et dangereux, mais quand on n'a pas le choix, c'est chacun pour soi..."

* Les prénoms ont été modifiés dans un souci d’anonymat.

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