Covid-19 : pour les enfants, un Noël autrement

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Faire l’impasse sur le traditionnel rassemblement familial de Noël. C’est la difficile décision qu’ont dû prendre certaines familles, le plus souvent pour protéger des grands-parents âgés et fragiles. Dommage collatéral : la déception des plus jeunes. Même si la décision a été prise et leur a été expliquée il y a plusieurs semaines, cette émotion peut se réactiver en ce jour J. Destination Santé a demandé conseil à Aline Nativel Id Hammou, psychologue clinicienne spécialiste de l’enfance, de l’adolescence et de la famille.

Evaluer le manque. « Il est important que les enfants verbalisent le manque qu’il ressentent ». La psychologue propose de mettre en place un « baromètre du manque », avec une échelle de 1 à 10, pour mieux cerner ce que vit l’enfant. En fonction de sa réponse et même si la décision prise lui a déjà été expliquée, il est encore temps de mettre des mots sur des choix parentaux qui impliquent en outre les autres adultes de la famille. « On peut mettre grands-parents, oncles et tantes à contribution pour expliquer que ce choix, ce n’est pas seulement celui de papa et maman, et que c’est une bonne décision ».

Désamorcer la culpabilité. Certains enfants, plutôt les 10-12 ans, pensent que c’est à cause d’eux que la famille ne se réunit pas cette année, car ils ont intégré qu’ils peuvent eux aussi contaminer les autres. « Cela peut engendrer une vague de tristesse. Il est donc important de leur dire que cette décision n’a pas été prise pour les punir ou parce qu’ils risquent de transmettre le virus, mais par esprit de bienveillance, d’empathie sociale ».

Lever les ambiguïtés. « On ne va pas chez mamie, mais pourquoi toi tu vas faire les courses ? ». Les enfants sont très forts dès qu’il s’agit de pointer nos paradoxes. Que répondre ? Pour Aline Nativel Id Hammou, il y a plusieurs options : « On peut expliquer que faire les courses pour se nourrir, c’est remplir un besoin primaire, et que voir papy et mamie n’en n’est pas un. On peut aussi concéder que certaines règles ne paraissent pas logiques et rappeler qu’ici, on pense avant tout au collectif ». Autre option, jouer la carte gouvernement ou Président : « Ce sont eux qui ont dit qu’il fallait faire comme ça, et même les adultes sont obligés de le respecter ».

Se voir quand même. Il n’est pas trop tard pour imaginer des moyens détournés pour passer ces fêtes en famille. « Il existe une multitude d’outils pour le faire. On peut créer un nouveau rituel : lancer un appel vidéo à une certaine heure et passer une demi-heure ensemble à se dire des mots gentils, rigoler… ou se donner rendez-vous pour l’ouverture des cadeaux ». Si on n’est pas trop éloignés les uns des autres, on peut aussi envisager des rencontres physiques, en mode fractionné : « Pourquoi pas rencontrer mamie au parc le lundi, les cousins le mardi, les copains le mercredi, etc. ». Les enfants peuvent participer à l’organisation de ces moments partagés, qu’ils soient réels ou virtuels. « Ils se sentiront ainsi acteurs, intégrés à la prise de décision ». Ou comment inverser la tendance et injecter un peu de positif dans ce Noël si particulier.