Covid-19: l’hydroxychloroquine en test

Depuis fin février, l’infectiologue marseillais Didier Raoult milite pour l’utilisation de l’hydroxychloroquine sur les patients positifs au Covid-19. Dans une vidéo mise en ligne sur le site de l’Institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection, à Marseille, il met en avant les résultats prometteurs de l’administration de cet antipaludéen, également utilisé pour traiter le lupus et la polyarthrite rhumatoïde. Des résultats basés sur une étude chinoise, et confirmés, estime-t-il, par ses propres essais menés sur 24 patients.

C’est dans ce contexte que l’IHU de Marseille a annoncé hier soir, par communiqué, qu’il allait désormais « pratiquer les tests pour le diagnostic d’infection à Covid-19 » pour tous les malades fébriles qui viennent consulter (le dépistage généralisé va à l’encontre des consignes officielles en France). Surtout, ses médecins ont décidé de proposer « au plus tôt de la maladie, dès le diagnostic, un traitement par l’association hydroxychloroquine (…) + Azithromycine (un antibiotique, ndlr) dans le cadre des précautions d’usage de cette association et hors AMM (…) ».

Traitement miracle ?

L’hydroxychloroquine serait-elle la molécule miracle qui permettrait de soigner les malades du Covid-19 ? Le débat fait rage entre les spécialistes. Certains estiment que les travaux du Pr Raoult souffrent de nombreuses carences méthodologiques : échantillon de petite taille, suivi limité dans le temps, abandon de plusieurs patients… D’autres pensent au contraire qu’il faut transformer l’essai. Et rapidement, compte tenu de la virulence du Sars-CoV-2.

Le président américain Donald Trump, par exemple, qui a mentionné les travaux du Pr Raoult la semaine dernière et annoncé que la Food and Drug Administration (FDA) avait d’ores et déjà approuvé la prescription du médicament pour traiter le Covid-19 (la FDA a démenti ensuite, estimant qu’un « essai clinique étendu » était d’abord nécessaire).

Et en France ? Le gouvernement fait preuve de prudence. Hier, sur LCI, le ministre de la Santé Olivier Véran a toutefois annoncé dans plusieurs hôpitaux, à Paris et en province, « l’inclusion de plusieurs malades graves, avec des troubles respiratoires, des besoins en oxygène… » pour tester le traitement à l’hydroxychloroquine. « Nous aurons des études solides qui nous diront si, oui ou non, c’est un bon traitement d’ici à 15 jours ».

Programme européen

Au niveau européen aussi, les équipes de chercheurs collaborent et c’est l’Inserm qui coordonne leurs travaux. « Un essai clinique européen destiné à évaluer 4 traitements expérimentaux contre le Covid-19 » a démarré hier, indique l’établissement dans un communiqué. Baptisé Discovery, cet essai « inclura au moins 800 patients français atteints de formes sévères du Covid-19 ». Au total, ils seront environ 3 200.

Parmi ces 4 traitements soumis à essai clinique : l’hydroxychloroquine. Mais aussi des « soins standards + remdesivir » (antiviral conçu pour traiter la maladie à virus Ebola), « soins standards plus lopinavir et ritonavir » (association d’antiviraux utilisée pour les infections à VIH) et « soins standards plus lopinavir, ritonavir et interféron beta » (combinaison incluant antiviraux et immunothérapie).

A savoir : L’hôpital Bichat (Paris) et les CHU de Lille, Nantes, Strasbourg et Lyon seront les 5 premiers à participer à l’essai clinique Discovery.