Covid-19 : prudence avec la colchicine

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« Nous émettons l’hypothèse que le ciblage de la réponse inflammatoire peut réduire les complications liées à la Covid-19 chez les adultes à risque ou présentant des signes de tempête inflammatoire. » C’est ce que déclarait en avril dernier le Dr Jean-Claude Tardif, directeur du centre de recherche de l’Institut de Cardiologie de Montréal, à Destination Santé. Le cardiologue venait tout juste de lancer l’étude Colcorona et plaçait beaucoup d’espoir dans la colchicine, un traitement par voie orale habituellement prescrit en prévention et dans le traitement de la crise de goutte, ou pour soigner la péricardite aiguë.

Neuf mois plus tard (six mois après la date initialement annoncée), l’Institut Cardiologique de Montréal a donc publié un communiqué revendiquant des « résultats cliniquement convaincants de l’efficacité de la colchicine pour traiter la Covid-19 ». Selon ce communiqué, l’administration de la colchicine a réduit de 21% le risque de décès et d’hospitalisation chez les patients atteints de la Covid-19, comparativement au placebo. « Cette découverte scientifique majeure fait de la colchicine le premier médicament oral au monde qui pourrait traiter les patients en phase pré-hospitalière », poursuit encore le communiqué.

Molécule à marge étroite

A un moment où les retards de production des vaccins Pfizer et Moderna inquiètent l’Europe et où les essais cliniques sur d’autres types de traitement avancent, mais doucement, cette annonce a fait l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux, comme avant elle l’hydroxychloroquine. Cet enthousiasme planétaire a très vite conduit le Réseau français des centres régionaux de pharmacovigilance à réagir. Sur Twitter, le compte « Réseau Fr CRPV » a notamment rappelé que la colchicine était une molécule à marge étroite, ce qui signifie qu’« une petite variation de dose peut entraîner des effets toxiques voire mortels ». Elle est par exemple contre-indiquée chez « l’insuffisant rénal sévère et avec les macrolides. (…) Il n’existe pas d’antidote et elle est non dialysable ».

Ces effets sont connus depuis longtemps. Depuis 2011, l’Agence nationale du médicament alerte régulièrement sur le surdosage de colchicine, qui « provoque des effets indésirables graves » pouvant aller jusqu’à la mort, notamment en cas de certaines interactions médicamenteuses. En d’autres termes, l’automédication avec cette molécule fait potentiellement courir de très grands risques. Sur Twitter, le Réseau français des centres régionaux de phamarcovigilance conclut que « la colchicine ne DOIT pas être utilisée pour le traitement ou la prévention de la Covid-19 en l’absence de preuves de son efficacité ». A l’heure où nous écrivons ces lignes, l’étude de l’Institut Cardiologique de Montréal n’a pas encore été publiée.

A noter : Pour tout savoir sur la colchicine, ses indications et ses effets indésirables, rendez-vous ici.