Le crépuscule du stiletto

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Le goût du confort et de l'égalité entre les sexes va-t-il condamner cet emblème fétichiste?

Il fallait s’y attendre. Avant même le phénomène #MeToo, il y a trois ou quatre ans, un œil fashion averti pouvait déjà repérer dans les défilés un frémissement de révolte. À commencer par Dior, où l’Italienne Maria Grazia Chiuri impose dès son arrivée, en 2016 – un an avant le scandale Weinstein –, des chaussures plates dans toutes ses collections. Jour, sport, soir… Elle détrône le talon aiguille au profit de la ballerine ou du godillot. En fait, surtout du godillot. Noir, lourd, esprit Dr. Martens, entre motarde et alpiniste. Redoutable. On s’est dit alors que ce retour de flamme pour le grunge durerait le temps d’une saison… Eh bien non. Madame Dior persiste et signe, et explique : ceci n’est pas une pipe, c’est une position féministe. Et réaffirmée au fil des saisons en slogans peints sur les tee-shirts couture. De « We should all be feminists » à « Sisterhood is powerful ». Compris ?

Au même moment, dans la série « House of Cards », on observe qu’à la Maison-Blanche, c’est toujours stiletto à tous les étages. De la plus discrète secrétaire à la plus ravageuse des espionnes. Sans parler de Mme la présidente, Robin Wright, sanglée dans ses vestes Bar et ses jupes crayon. Parlons-en, de la jupe crayon. Un classique qui ne s’envisage que juchée sur des talons de 12. Enfin, 8. Maria Grazia fronce les sourcils.

On sacrifie le talon aiguille au confort et à l’égalité transgenre ?

Et pourquoi donc ? On y vient. Une telle silhouette sculptée sur nos rondeurs est devenue un outrageant symbole d’asservissement. Asservissement à quoi ? Mais au sex-appeal, voyons ! À cette honteuse propension à aguicher. Enfin, à se vouloir « féminine ». Mais comme le Covid, la féminité est en train de muter. Plus question de tromper(...)


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