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Crise des migrants : Sur le littoral de la Manche, un quotidien terrible qui rappelle celui de la Méditerranée

MIGRANTS - « On va vivre de nouveau un drame dans le channel ». Alors que tous les yeux sont rivés sur l’île italienne de Lampedusa, où sont arrivés des milliers de migrants en quelques jours, une autre situation humanitaire catastrophique se joue en France.

Dans le Pas-de-Calais, les départs d’exilés dans la Manche, entassés sur de petites embarcations conduites illégalement par des passeurs, connaissent une progression depuis quelques semaines, en raison du retour du beau temps et de l’approche de l’automne. Début septembre, 874 personnes ont fait la traversée en une seule journée, un record depuis le début de l’année.

Comme vous pouvez le voir dans notre reportage vidéo en tête d’article, nous avons suivi durant 48 heures, dans le secteur de Boulogne-sur-Mer, le quotidien éprouvant d’une association d’aide aux migrants, Osmose 62, qui organise des maraudes chaque matin, à l’aube. Devant notre caméra, des bénévoles font part de leur inquiétude face à une situation qui, selon eux, ne cesse de se dégrader.

Vendredi 15 septembre, nous avons pu filmer une tentative de traversée qui a mal tourné, laissant des familles frigorifiées sur la rive d’Équihen-Plage. Sous nos yeux, un homme en détresse a dû être secouru in extremis de la noyade par des gendarmes. Des scènes vues depuis des années en Méditerranée, mais qui se déroulent dorénavant sur les côtes françaises.

45 000 traversées en 2022, cinq fois plus qu’en 2020

Le nombre d’exilés arrivés sur les côtes anglaises a quintuplé en deux ans, passant d’environ 8500 en 2020 à plus de 45 000 l’année dernière. Des chiffres similaires sont attendus pour l’année 2023. Face à cet afflux, la France a choisi l’option sécuritaire entre bunkerisation du tunnel sous la Manche, multiplication des forces de l’ordre sur le littoral et surveillance aérienne.

Une logique policière dénoncée par les associations. Les passeurs et les migrants « vont prendre de plus en plus de risques », assure Olivier Ternisien, bénévole, qui observe ces dernières semaines des embarcations de plus en plus surchargées et des méthodes toujours plus téméraires.

Depuis 1990, 330 migrants ont perdu la vie en tentant de franchir irrégulièrement la Manche pour rejoindre la Grande-Bretagne. Le dernier naufrage, qui remonte au 12 août, a provoqué la mort de six exilés d’origine afghane et la disparition de deux autres personnes. Le secrétaire d’État chargé de la Mer Hervé Berville a déploré « un drame humain terrible » commis par des passeurs « criminels » qui « n’ont aucun scrupule ». L’association Utopia56 a pointé elle « la répression » à cette frontière, qui « augmente la dangerosité des traversées ».

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