Déconfinement : mais où est passée notre libido ?

Carole Boinet
© Thomas Lévy-Lasne

“Bonjour Carole, je vais vous décevoir, je n’ai pas de projets ou de désir de sexe.” Lapidaire, le SMS n’en est que plus éclairant. Tout est contenu dans sa brièveté et sa double négation. Ni projets ni désir de sexe. Si certain·es voyaient le déconfinement comme une libération, rêvant d’une grande fête, voire d’une orgie de sexe, avec de la chair, de la sueur, de la salive, la réalité est tout autre, et le cœur n’y est plus.

On interpelle sur les projets, les rêves, les fantasmes, on nous répond déprime, perte de repères, angoisse, épuisement, recentrage. “Bonjour Carole, je cherche où est ma libido, donc se projeter dans l’après, je n’en suis pas là”, nous envoie Aurora, 25 ans, interrogée précédemment. “Le rien peut être intéressant aussi”, lui suggère-t-on. “Si tu es partante pour une conversation déprime, dispo demain.”

Nous l’appelons lundi 11 mai, à l’heure du déjeuner. De grandes bourrasques interrompent la communication. Aurora est sortie acheter des masques, pour faire “un peu de reportages, de terrain”, même si cette journaliste en région privilégie le télétravail. “L’atmosphère est pesante, sûrement car c’est une date sortie de nulle part”, assène-t-elle. Son collègue et voisin, dont elle s’était rapprochée en confinement jusqu'à l'inviter à boire un verre, s’est mis en arrêt maladie. L’inconnu avec lequel elle flirtait par SMS s’est volatilisé. “Je n’ai plus de projet et plus d’envie. Zéro excitation.”

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