Dépression, anxiété, stress : au sein du foyer, le travail non rémunéré fragilise la santé mentale des femmes salariées

© Sean Justice / mpanch - Getty

En 2022, la sphère privée n’est toujours pas synonyme de repos et de bien-être pour les femmes. Et pour cause, de trop nombreuses disparités persistent au sein du foyer. 

Et les évolutions peinent à se faire ressentir. Entre 2015 et 2019 en France, la proportion de femmes déclarant en faire “beaucoup plus” - concernant les tâches domestiques et liées aux enfants - que leur conjoint a diminué de seulement un point, révélait l'IFOP en 2020. 

D'autant que nombreuses sont celles qui gèrent cette charge en parallèle de leur travail. Ainsi, afin de connaître l'impact de cette deuxième journée sur la psyché des salariées, des scientifiques de l’Université de Melbourne (Australie) ont étudié la relation entre travail non rémunéré (à l'inverse du travail en entreprise) et santé mentale.

Dans leur méta-analyse, publiée dans la revue scientifique The Lancet le 1er septembre 2022, les chercheurs ont ainsi dévoilé que le travail domestique, dit "non rémunéré" causait davantage de dommages sur la santé mentale des femmes employées, que sur celles des hommes.

Charge mentale domestique accrue : risque de dépression chez les salariées

En effet, en s’appuyant sur près de 19 études, totalisant 70 310 salarié.es issus de 35 pays différents, leur analyse a tenté mettre en lumière un lien entre travail non rémunéré et les problèmes de santé mentale autodéclarés tels que "la dépression ou la détresse psychologique se manifestant par de l'anxiété ou un niveau de stress élevé".

Elle a alors prouvé que les inégalités dans la division du travail non rémunéré exposent les femmes à un plus grand risque de moins bonne santé mentale que les hommes”, peut-on lire. 

Grâce à des données étudiées dans 25 pays européens, les chercheurs ont dévoilé que "le bien-être des femmes diminuait avec l’augmentation du nombre d’heures de travail ménager" alors que celui des hommes n’était pas affecté

Ils ont aussi découvert que diminuer cette charge mentale domestique d’une heure, chaque semaine, pouvait entraîner des changements mineurs, mais significatifs sur l’état de la santé mentale.

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Plusieurs raisons peuvent expliquer la corrélation entre travail domestique et problèmes de santé mentale.

D’abord, les scientifiques avancent que la théorie de la contrainte de rôle, qui se définit "lorsqu’un rôle particulier qu’une personne doit assumer est contraint et tendu par les obligations ou les nombreuses exigences demandées", peut abîmer la psyché. De plus, le manque de temps et la dépréciation des tâches ménagères, alors perçues comme banales ou sales peuvent expliquer le lien. 

En effet, les tâches exercées au sein du foyer n'ont pas toutes le même poids psychologique. Ainsi, ce sont des “divisions sexospécifiques dans le type de travail non rémunéré ou de tâches ménagères” qui expliquent que la santé mentale des hommes est préservée.

"Les hommes effectuent généralement les tâches les moins urgentes et les moins exigeantes au sein du ménage, telles que les tâches extérieures, qui peuvent être plus agréables”, peut-on lire dans The Lancet. Parmi elles, tondre la pelouse, bricoler ou jardiner, mais également des tâches "qui se remarquent et qui peuvent être vantées par l’entourage".

Et c’est une autre raison avancée par les chercheurs : la façon dont la division genrée du travail non rémunéré est perçue par la société. Alors que les chiffres ont montré que les femmes consacraient nettement plus de temps au foyer, aux enfants ou aux soins, lorsque les hommes y contribuent, ils sont félicités, contrairement à leurs conjointes. 

Des "heures de travail non-rémunéré" qui ont explosé avec la pandémie

Alors qu’en moyenne, les femmes consacrent trois heures trente par jour aux tâches domestiques contre deux heures pour les hommes, nous informe l’Observatoire des inégalités, la pandémie et les confinements ont accentué l’inégale répartition du travail domestique. 

“Les mères ont été près de trois fois plus nombreuses que les pères à déclarer avoir assumé la majorité ou la totalité du surcroît de travail familial et domestique non rémunéré au moment des fermetures des écoles et des structures d’accueil des enfants”, peut-on lire sur le site de l’Organisation de coopération et de développement économique.

En effet, “61.5 % des mères ayant des enfants de moins de 12 ans déclarent avoir pris en charge la majorité ou la totalité de ce surcroît de travail, contre 22.4 % des pères”. Et comme le révèle l'étude récente, ces habitudes ont été gardées, même après la fin des différents confinements. 

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Si la répartition inégale des tâches domestiques n'est pas une nouveauté - Sandrine Rousseau, députée de la 9ème circonscription de Paris et candidate écologiste à l’élection présidentielle de 2022, a ainsi proposé de créer un délit de non-partage des tâches domestiques - il n'empêche que la prise en charge de la santé mentale des femmes, affectée par diverses charges mentales, reste un problème non-adressé.

Pourtant, d'autres pays le considèrent comme "un enjeu de santé publique". En août 2021, l’Argentine annonçait désormais "reconnaître la maternité dans le calcul des retraites", partageait le Courrier International.  “Avec cette mesure, nous donnons de la visibilité et réparons une inégalité historique et structurelle, en reconnaissant et valorisant le temps que les femmes dédient à l’éducation de leurs enfants”, avait indiqué l’Agence nationale de sécurité sociale argentine.

De leur côté, les chercheurs australiens espèrent que leur étude permettra une meilleure prise en charge de la santé mentale des femmes, notamment en passant par un processus de reconnaissance et - évidemment - un partage équitable des tâches liées au foyer et aux enfants. 

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