Denis Podalydès : “En cas de grandes angoisses, je me réfugie dans une librairie”

Jean-Baptiste Morain
·1 min de lecture
(Loïc VENANCE / AFP)
(Loïc VENANCE / AFP)

“La librairie Ruat, sise 69 et 26 avenue de Saint-Cloud à Versailles, fondée dans les années trente, fut la plus importante librairie à l’ouest de Paris des années 1950 aux années 1980. Je l’ai toujours entendu dire et n’en ai jamais douté. C’était une librairie dite classique, parce qu’on y trouvait tout le matériel scolaire, livres au programme, papeterie, et que les écoles aussi venaient s’y fournir. A la rentrée des classes, le personnel était doublé, voire triplé, pour servir une clientèle qui, jour après jour, faisait la queue jusqu’au coin de l’avenue et de la rue de la Paroisse. On allait chez Ruat, c’était régulier, évident, proverbial. Dans un des romans de Patrick Modiano — est-ce dans Une jeunesse ou dans De si braves garçons ? —, la librairie est nommée, entrant ainsi en littérature, ce qui me semblait justice tant j’avais l’impression qu’elle en était une des plus belles églises, la littérature étant, en effet, mon unique religion. Ça se sent encore un peu, je crois, au style légèrement guindé que je ne peux m’empêcher d’avoir en écrivant ces lignes.

Patronne unique des deux magasins, veuve d’un mari mort en 1958 qui avait donné son nom auvergnat à l’entreprise, mère de trois enfants, Madame Ruat était appréciée des clients pour sa culture, son autorité en tout, son verbe et son rayonnement, mais souvent crainte par ses employés dont certains — certaines à vrai dire — étaient à son service corps et âme, sacrifiant à la mystique du che

Lire la suite sur lesinrocks.com