Depuis le déconfinement, la vie de bureau ne ressemble plus à ça

Sandra Lorenzo
Travailler en open space après le confinement et alors que le covid-19 circule encore bouscule toutes nos habitudes, nos rapports aux autres et parfois entrave aussi un peu notre spontanéité.  (Photo: redcurryduck via Getty Images)

VIE DE BUREAU -  Faire une pause café, aller à la cantine, ouvrir un colis, dire bonjour à ses collègues... Tous ces petits riens du quotidien sont désormais différents. Quand ils n’ont pas tout bonnement disparu. Travailler en open space après le confinement et alors que le covid-19 circule encore bouscule toutes nos habitudes, nos rapports aux autres et parfois entrave aussi un peu notre spontanéité. 

La vie professionnelle des Français a été transformée par la pandémie, notamment pour ceux qui ont découvert ou redécouvert le télétravail. Si l’open space est depuis des années en proie aux critiques et que plusieurs experts ont parié que cette crise pouvait en signer la fin, l’heure est, malgré tout, au retour au bureau. Par obligation ou lassées du télétravail, Julie, Laurence et Sabiha ont ainsi fait leur rentrée.

Selon le protocole du ministère du Travail dévoilé le 3 mai dernier, le travail en bureau doit répondre à plusieurs critères. Chaque salarié doit avoir un espace minimum de 4 m², le port du masque est obligatoire si la distanciation physique n’est pas possible. La règle de distanciation physique ne s’applique pas seulement dans les bureaux, elle a aussi cours dans les couloirs, les sanitaires, la cafétéria, la cantine.

Dans les ascenseurs, pas plus de deux personnes sont autorisées s’il mesure 8 m², une seule personne est autorisée à le prendre s’il est plus petit. Les salariés ne doivent pas avoir à toucher les portillons d’accès en entrant et en sortant, sauf si du gel hydroalcoolique est disponible à cet endroit. Les règles de nettoyage impliquent une désinfection des locaux tous les jours, les objets ou meubles régulièrement touchés par les salariés doivent être désinfectés plusieurs fois par jour. 

“L’hypocondriaque du bureau”

Julie travaille dans la production pour un grand groupe de mode à Paris, Laurence officie au service informatique d’une entreprise de production d’emballages et de mécanismes pharmaceutiques en Normandie, Sabiha, enfin, est responsable projet dans une entreprise informatique à Marseille. Ces trois trentenaires racontent leurs premiers jours, riches en découvertes, en petites et grosses incohérences et en solitude aussi parfois. 

Le quotidien de Sabiha est parfaitement réglé. Le trajet jusqu’aux bureaux que son entreprise partage avec d’autres dans le centre-ville de Marseille dure quinze minutes en trottinette. “Je suis un petit gabarit”, précise-t-elle pour se justifier de prendre l’ascenseur avec son moyen de transport sous le bras.

À son étage, elle utilise un mouchoir pour ouvrir la poignée de la porte d’entrée, le jette, se lave les mains puis commence à travailler. Sabiha en rit, elle n’a pas usurpé la réputation qu’elle a auprès de ses collègues: “l’hypocondriaque du bureau”. Car cette routine est la même qu’avant le début de l’épidémie. Désormais, elle enfile son masque et laisse la clé qu’elle utilise pour ouvrir la porte dans une petite salle ”à l’isolement”. 

Après le 11 mai, la jeune femme de 28 ans a souhaité retourner au bureau. “Une partie de mon activité découle de tâches relationnelles. En revenant en présentiel, j’ai pu retrouver le cœur de mes missions. Dans mon entreprise, je suis cadre informatique mais aussi assistante de direction, j’ai aussi aidé à mettre en place le retour au travail de ceux qui le souhaitaient.”

Prendre sa température avant de pointer

Laurence, elle, n’a pas eu le choix. Au début du confinement, il a fallu que son service de trois personnes réussisse à convaincre la direction qu’ils pouvaient fonctionner en télétravail. Une organisation qui a finalement fait ses preuves, puisque la jeune femme de 33 ans travaillera de chez elle jusqu’à la fin du mois de mai, voire du mois d’août. Seulement, une partie de son activité consiste à intervenir sur place.

C’est ce qui lui est arrivé le mardi 12 mai. Si comme partout, le port du masque est obligatoire, l’entreprise dans laquelle elle intervient a aussi mis en place un sympathique comité d’accueil : “Je dois prendre ma température avant de quitter mon domicile, puis, avant de passer le tourniquet d’entrée, dans un préfabriqué installé sur le parking, il faut se soumettre à nouveau à une prise de température”, raconte-t-elle. 

La suite n’est pas forcément plus avenante. Une fois dans le bâtiment, il a fallu faire face à un autre obstacle de taille. “Je me suis sentie très seule, plus que quand je suis en télétravail, déplore-t-elle. Je ne croisais quasiment personne dans les couloirs, les rares personnes étaient souriantes mais distantes. Si, en temps normal, il est difficile de circuler sans qu’on me tienne la jambe pour papoter de choses et d’autre, là c’est tout l’opposé. Les gens te disent bonjour et décollent comme si tu avais la peste.” 

Ouvrir les colis loin du bureau

Julie, elle, a repris avec plaisir son vélo pour revenir au travail dans les premiers jours de mai. Pour arriver jusqu’à son bureau, dans le grand bâtiment ”à l’ancienne”, la routine s’est installée. Son masque sur le visage, elle suit désormais le fléchage qui indique le sens de circulation et qui assure que les salariés qui entrent et ceux qui sortent empruntent deux chemins distincts. Sur le papier, son entreprise avait annoncé de nombreuses mesures pour assurer la sécurité des salariés.

“Les portes sont censées rester ouvertes, explique-t-elle, mais, dans les faits, elles sont systématiquement fermées. Nous n’avons pas de matériel pour désinfecter nos postes de travail. De rares tubes de gels hydroalcooliques sont scotchés sur les imprimantes. Rien n’est parfait car les services généraux sont trop peu nombreux pour vérifier que tout se passe conformément aux recommandations.” Mais les attentes sont bien là, “la RH passe pour dire bonjour dans les bureaux autant que pour voir si nous portons bien nos masques.”

Mais ce n’est pas ce qui pose le plus de problèmes à Julie. Au quotidien, elle reçoit des colis avec des échantillons, des prototypes de vêtements. D’ordinaire, ces envois, elle les ouvre dans son bureau, en présence d’autres collègues qui travaillent sur les mêmes projets et ont leur mot à dire. Désormais, tout est plus compliqué. “Quand le service courrier m’appelle, je dois descendre, prendre les colis, les apporter dans la cour intérieure du bâtiment, ouvrir, me débarrasser des emballages. Je remonte en prenant l’ascenseur car je peux recevoir beaucoup de choses en même temps”. Un manège long, fastidieux et qui la “stresse encore plus”. 

“Le lien social prend le dessus”

Si Julie n’est pas très anxieuse quant au risque d’attraper le covid-19, elle s’inquiète malgré tout. “Je passe mes journées à toucher plein de choses, je participe à des essayages sur des mannequins, nous touchons tous les vêtements qu’elles portent, il faut aussi faire des retouches pendant les essayages. La direction n’avait pas anticipé cette situation qui arrive pourtant souvent avant la sortie des collections.”

Mais Julie se rassure malgré tout: “Mes collègues et moi, nous étions tous très contents de revenir, de nous revoir. Ils sont détendus, le lien social prend le dessus.” Une bonne ambiance qui fait que les mesures barrière ne sont pas trop pesantes. “On a encore accès à un frigo et un micro-ondes, la plupart d’entre nous apportons notre déjeuner. On mange chacun derrière notre ordinateur et on se parle de loin. C’est étonnamment un moment drôle, le seul où on enlève tous nos masques.”

Pour Laurence, le déjeuner n’est pas forcément un moment de franche camaraderie. Parce qu’elle fait partie des prestataires et non des internes de l’entreprise, elle n’a pas accès au restaurant d’entreprise. Seule option, un repas froid, salade ou sandwich, commandé auprès de la cantine et déposé dans une salle prévue à cet effet. Faute de pouvoir faire réchauffer quoi que ce soit, elle se tourne, malgré elle, plutôt vers les fast-foods alentour. 

La question ne se pose par pour Sabiha qui fait actuellement le Ramadan. Sur ses jours de présence au travail, elle partage l’open space prévu pour une quinzaine de salariés avec un ou deux autres collègues maximum selon le planning créé par l’entreprise. Un retour plutôt tranquille aux relations sociales qui la séduit. ”Ça me fait plaisir de parler avec quelqu’un d’autre que mon conjoint”. Et cela même quand elle remarque que ledit collègue n’a pas mis son masque ou a oublié de se laver les mains. 

Si Sabiha a l’œil, ce n’est rien comparé à son mari, directeur artistique, professionnel du détail donc, qui a lui aussi retrouvé ses collègues. “Le soir, en rentrant, il me raconte combien ils ne font pas attention. Il le fait sans méchanceté, il est juste très étonné que les gens ne parviennent pas à appliquer ces nouvelles règles.” Dans cette nouvelle vie, il y a ceux qui ont des facilités et les autres. 

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