Avant le coronavirus, ils faisaient du télétravail: leurs conseils

Si vous êtes en confinement, vous êtes peut-être aussi en télétravail. Certains n'ont pas attendu l'épidémie de covid-19 pour découvrir et perfectionner cette méthode de travail à distance. Ils nous livrent leurs conseils.  (Photo: Elena Malysheva via Getty Images)

CORONAVIRUS - Une semaine de confinement et pour nombre de travailleurs, une semaine de télétravail. Pour ces Français-là, les objectifs de leur journée sont de plusieurs ordres : ne pas attraper et propager le coronavirus bien sûr, prendre des nouvelles de leurs proches ou s’en occuper, mais aussi réussir à mener à bien leurs missions de travail à distance.

Si vous êtes dans ce cas-là, après quelques jours test, vous vous êtes certainement rendu compte que le télétravail ne s’improvisait pas. Il s’agit bel et bien d’une compétence à acquérir où se mêlent autonomie, organisation et flexibilité (surtout si vous avez des enfants dans les parages). Voici quelques conseils de télétravailleurs aguerris.

“Le soir, il faut réussir à fermer son PC et arrêter”

Rémi, 39 ans est ingénieur cadre dans les télécommunications. Il télétravaille régulièrement depuis 10 ans, en moyenne une fois par semaine:

"En télétravail, tu peux toujours t’avancer, continuer à travailler. Il faut lutter contre le fait de penser que la journée n’est pas terminée, il y a une culpabilité qui existe toujours", Rémi. (Photo d'illustration) (Photo: Tetra Images via Getty Images)

“Le télétravail, c’est la liberté d’organiser ses journées de travail comme on le souhaite. Mais cela représente aussi un danger: celui de ne pas mettre de limite claire. Quand tu sors du bureau, ton cerveau déconnecte. Tu prends les transports et tu n’es plus au travail. Tu peux toujours accepter qu’il y ait des intrusions via les emails ou les appels mais la journée est belle et bien terminée.

En télétravail, c’est beaucoup plus compliqué. Tu peux toujours t’avancer, continuer à travailler. Il faut lutter contre le fait de penser que la journée n’est pas terminée, il y a une culpabilité qui existe toujours. Pour lutter contre ça, je me donne une heure limite. Sauf urgence, je sais que je dois fermer l’ordinateur. En temps normal, c’est l’heure à laquelle je sors faire une course, je prends un verre. Depuis le début du confinement, je consacre ce moment particulier à ma fille aînée, en tête à tête. Nous sortons dans le parking de notre immeuble. 

En revanche, après toutes ces années, je n’ai toujours pas trouvé la solution pour faire des pauses dans la journée. J’ai vraiment du mal à me l’octroyer. Alors que je le fais quand je suis au bureau très naturellement et sans culpabilité. "

“Ne cherchez pas à établir un cadre trop strict, faites en fonction de votre humeur”

Mélina, 46 ans, est journaliste spécialiste des contributions extérieures au HuffPost, elle télétravaille à temps plein depuis 12 ans : 

"Au moment des repas, je préfère par exemple être dans la pièce à vivre, pour participer au quotidien tout en gardant un œil au travail (mails, discussions)." Mélina (Photo d'illustration) (Photo: golibo via Getty Images)

“La journée n’est pas statique, nos tâches non plus. Il ne faut pas hésiter à assouplir les règles, changer si possible d’environnement de travail (changer de pièce, d’outil...). Au moment des repas, je préfère par exemple être dans la pièce à vivre, pour participer au quotidien tout en gardant un œil au travail (mails, discussions). Mais lorsque j’ai besoin de calme et pour être sûre de ne pas être interrompue ni parasitée par le bruit, je m’isole dans une pièce à l’étage avec mes outils de travail.

Cela vaut aussi pour les horaires. Commencer plus tôt le matin ou en soirée permet parfois de mieux travailler: je préfère commencer tôt le matin pour exécuter des tâches sans la présence nécessaire de mes chefs, comme trier les mails, répondre à certains, établir mon planning, faire de la veille et parfois, en fonction de l’actualité, répéter cette routine en fin de soirée. Cela me permet d’être plus sereine pour des tâches qui nécessitent plus de concentration.

Enfin, ça n’est pas parce que vous êtes physiquement chez vous que vous êtes disponible. Il faut être ferme et clair si on ne souhaite pas être dérangé. Il m’est arrivé d’être interrompue par mon mari ou mes enfants qui me demandaient de l’aide ou entamaient une conversation avec moi, pensant que, même assise devant mon écran, je n’étais pas en train de travailler.”

“En télétravail non plus, on ne manage pas par la surveillance, mais par la confiance””

David, 43 ans, salarié en télétravail pendant 5 ans avant de devenir manager en télétravail depuis 10 ans. Il s’occupe d’une équipe de six personnes au sein de l’entreprise de démocratie participative qu’il a fondée, Eclectic Experience

"Le télétravail, c’est l’occasion de se défaire de pratiques managériale qui doivent appartenir au passé, des pratiques infantilisantes. Le management sous pression ne marche pas, sinon c’est le clash assuré. Il faut le redire, le bâton à distance, ça ne marche pas. On ne manage pas en fliquant les autres." David (Photo d'illustration) (Photo: FS Productions via Getty Images)

“Le plus important dans le télétravail en tant que manager c’est de réussir à placer la confiance au cœur de la relation. Un manager en télétravail qui fait confiance à ses salariés ou collaborateurs, c’est un excellent moyen de les responsabiliser. 

La confiance ne se décrète pas, elle s’établit et pour ça il n’y a pas de recette magique. À distance, je privilégie le fait de faire des retours, je donne des objectifs, je montre à la personne qu’elle peut le faire puis je prépare un ou des points d’étape avant le rendu final. 

Le télétravail, c’est l’occasion de se défaire de pratiques managériales qui doivent appartenir au passé, des pratiques infantilisantes. Le management sous pression ne marche pas, sinon c’est le clash assuré. Il faut le redire, le bâton à distance, ça ne marche pas. On ne manage pas en fliquant les autres.

Le télétravail m’a semblé très facile en tant que salarié, et il se passe bien maintenant en tant que manager. Mais il reste une difficulté que je n’ai pas entièrement résolue: l’accueil et l’encadrement des personnes “juniors” en télétravail. Les personnes débutantes ont besoin de s’inspirer des autres, de leurs pratiques, de suivre cet apprentissage indirect très formateur. C’est comme ça que je me suis formé au début de ma carrière, je partageais le bureau d’autres salariés plus aguerris. 

J’essaie de créer à distance des moments d’apprentissage. Je veille à ne pas être seulement sur l’affectation de missions pour tous mes salariés et en particulier pour ces profils-là. Je n’ai pas recréé les pauses café telles qu’elles existent dans un bureau en présentiel mais on multiplie les points d’équipe, les moments plus informels. J’ai l’objectif de faire au moins un point par semaine avec chaque membre de l’équipe. Je suis attentif à ce qu’on en fasse, à ce que chacun prenne du temps et à écouter mes salariés. 

En réunion, dans un bureau, on peut repérer facilement une personne en difficulté. En visioconférence ou au téléphone, c’est plus compliqué. Il faut être encore plus attentif en tant que manager en télétravail.”

“Réussir à ne pas trop se mettre la pression”

Déborah, 35 ans, est journaliste. Elle vit à Los Angeles et travaille pour un site d’actualité en ligne belge. Elle pratique le télétravail depuis 12 ans. 

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"Il faut savoir se fixer des objectifs raisonnables à la journée et de ne pas faire plus sous prétexte qu’on culpabilise d’être chez soi.", Déborah (Photo d'illustration) (Photo: Westend61 via Getty Images)

“La situation actuelle est particulière, tout le monde est dans le même bateau. C’est donc normal et humain de ne pas être aussi productif que d’habitude. Pas la peine de culpabiliser.

Pour ne pas me mettre la pression au quotidien, j’essaie d’être super efficace sur le temps que j’ai. Du coup, j’ai quand même le sentiment de bien travailler au final par rapport à la majorité des gens. J’ai l’impression qu’en devenant mère, j’ai acquis de nouvelles compétences: je suis beaucoup plus rapide. Je sais que mon temps tranquille est compté, je mets donc ces quelques heures à profit. 

J’ai coupé les notifications Instagram, Facebook et mail sur mon téléphone notamment pour éviter la tentation et le dérangement. Mon téléphone est toujours en silencieux. Toujours, sans exception. Je me dis que je le regarde assez régulièrement pour ne jamais rien rater d’urgent. 

Et puis je me rappelle régulièrement que la vie, ce n’est pas le travail. C’est aussi le travail mais pas que. Ça tourne dans ma tête comme un mantra, j’ai des citations autour de moi, punaisées sur mon bureau pour me le rappeler quand je perds le cap... Ça me permet de me dire: OK, ce que je fais est nécessaire et important, mais la vie à côté l’est au moins tout autant. Donc j’essaie d’arrêter à l’heure, de ne pas me faire bouffer. En me disant que ce n’est pas parce que je suis chez moi et que j’ai la chance de ne pas subir les embouteillages que je dois travailler 14 heures par jour là où mes collègues en font 8.

Cela passe par savoir se fixer des objectifs raisonnables à la journée et de ne pas faire plus sous prétexte qu’on culpabilise d’être chez soi. En télétravail, comme au bureau, les pauses sont autorisées et nécessaires. Sans en abuser, prenez-en ! Absolument ! Sinon vous ne tiendrez pas sur la longueur.

 

Malgré tout, j’ai déjà été complètement dépassée, ça m’arrive encore. Ne pas se mettre la pression, ça demande une vraie discipline de nos jours... Tout le monde nous met toujours la pression. C’est dur de ne pas se faire avoir. Donc oui, j’ai déjà râlé contre mon fils qui me demandait une histoire en soirée alors que j’aurais dû avoir fini depuis deux heures... Généralement, je m’en veux à mort en allant me coucher. Ces journées-là, même si j’ai travaillé beaucoup, je ne me couche pas avec le sentiment du devoir bien fait. Je me couche avec le sentiment d’avoir gâché du temps de vie précieux. 

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