Etats-Unis : “Il y a un lien entre questions policières et questions féministes”

Mathieu Dejean
(Michael Ciaglo/Getty Images/AFP)

Dans plusieurs villes américaines, dont Portland (Oregon), la colère ne retombe pas. Depuis le meurtre de George Floyd, le 25 mai, par un policier blanc, un ample mouvement pour la justice sociale, contre les violences policières et le racisme secoue le pays. Au point que Donald Trump, vent debout contre celles et ceux qu'il qualifie d'“anarchistes professionnels”, a envoyé les agents fédéraux, lourdement armés, pour rétablir l'ordre dans la plus grande ville de l’Oregon. Alors que le retrait des “Feds” a été annoncé mercredi 29 juillet, et que Trump est en mauvaise posture pour les prochaines élections présidentielles, nous avons interrogé le politologue Didier Combeau, auteur du livre Être Américain aujourd'hui (éd. Gallimard, 2020), et de Polices américaines (éd. Gallimard, 2018) sur ce cocktail social et politique explosif.

Depuis la mort de George Floyd le 25 mai, les Etats-Unis sont secoués par un ample mouvement contre les violences policières. Il se poursuit en particulier à Portland, où Trump a envoyé les agents fédéraux. Cette séquence est-elle inédite par son ampleur et sa durée ?

Didier Combeau - Oui, c’est une séquence tout à fait inédite. Il y a eu des manifestations similaires en 2014-2015 après l’affaire Ferguson, mais il semblerait que cette fois les manifestations s’inscrivent dans la durée, et s’étendent même à l’étranger - on l’a vu en France. Le contexte électoral n’y est pas pour rien, mais c’est aussi la nature de l’affaire George Floyd en elle-même qui l’explique, car il s’agit d’une mort par étranglement : il est donc très difficile de trouver des circonstances atténuantes au policier, d’autant plus qu’il y a une vidéo très choquante qui en atteste. Lorsque les violences policières sont liées à l’utilisation d’une arme à feu - ce qui est le cas dans neuf cas sur dix -, les policiers peuvent plus facilement plaider la légitime défense, en disant qu’ils ont dû sortir leur arme en une fraction de seconde, parce qu’ils se sentaient menacés. C’est absolument impossible pour George Floyd.

Ce qui est aussi propre à ces manifestations, c’est qu’elles rassemblent non plus seulement des Afro-Américains, mais aussi beaucoup de Blancs, et qu’elles sont une contestation contre Trump. A Portland, les rassemblements ont lieu près des bâtiments fédéraux, alors que la police est une affaire locale. On voit bien que c’est Trump qui est visé.

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Cette affaire a-t-elle eu pour effet d’unir le camp démocrate ? Est-elle devenu un enjeu électoral majeur pour les présidentielles ?

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