Fâché noir contre les phrases toutes faites (première partie)

Stéphane Dompierre


Les phrases toutes faites ressemblent à ces sandwichs emballés dans du cellophane que l’on trouve dans certains dépanneurs; en plus d’être flétries, on ne sait jamais vraiment d’où elles viennent et c’est toujours désagréable d’en avoir une à la bouche. Petit tour d’horizon de ces phrases énervantes.

«Y’a rien qui arrive pour rien.»
La fascination qu’ont les gens, même complètement athées, pour cette phrase lourde en judéochrétienneté bas de gamme m’a toujours inquiété. Et chaque fois que je leur suggère poliment de dire d’une façon plus juste «je réussis à trouver des éléments positifs aux coups durs de la vie», on me répond «t’es un genre d’emmerdeur professionnel, toi, hein ?» (La réponse est oui.)

«Facebook, c’est niaiseux. Je préfère avoir des amis dans la vraie vie.»

Niaise-moi pas. L’autre jour je t’ai croisé, dans la vraie vie, et tu passes tes journées tout seul dans un Tim Horton à brasser ton café en regardant dans le vide. La vie sociale au 21e siècle consiste principalement à regarder dans le vide tout seul dans un Tim Horton mais, surtout, à prendre une photo de l’événement et à l’afficher sur tous les réseaux sociaux.

«Je suis célibataire par choix.»
Ah, ben oui. Comme les gens en couple qui le sont par choix, c’est ça? Un matin ils se sont levés, ils se sont dit « tiens, j’ai envie d’être en couple, là, tout de suite », ils ont claqué des doigts et hop, quelqu’un de qui ils allaient tomber amoureux a déboulé un escalier pour rouler à leurs pieds. Ça a tellement l’air simple. Un célibataire qui affirme l’être par choix devrait être capable de me prouver que des choix intéressants s’offraient à lui, avec de solides preuves écrites ou, mieux, une abondance de documents audiovisuels. Être seul parce que personne ne correspond à ta liste exhaustive de critères farfelus ne me donne pas l’impression que tu as le choix.

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«J’ai l’âge du Christ.»
Euh, non. Jésus n’a pas eu qu’un seul âge. Comme tout le monde, il a eu son anniversaire chaque année, à la même date. Si tu veux dire par là que tu as 33 ans, l’expression juste serait «J’ai l’âge du Christ au moment supposé de sa crucifixion, mais seulement selon certains calculs, puisque de plus en plus de gens s’entendent pour dire, à supposer qu’il ait vraiment existé, que Jésus aurait plutôt été crucifié à l’âge de 36 ou 37 ans. Et puisqu’il semblerait qu’il ait ressuscité et qu’on ait ensuite perdu sa trace, on n’a finalement aucune foutue idée à quel âge il a bien pu mourir. J’ai l’âge du Christ quand il avait 33 ans.»

«Quand on veut, on peut.»

Ahlala. Je m’excuse d’être encore une fois le trouble-fête qui vient uriner sur tes pensées positives mais, tu sais, si t’as ni bras, ni jambes, le US Open de tennis, c’est peut-être pas pour toi. Tu pourras probablement pas être le double de Bruce Willis pour ses scènes de cascades non plus.

«Franchement, tu vas avoir l’air de quoi dans cinquante ans, avec tes tatouages?»
Je vais avoir l’air aussi fripé que toi, mais vraiment plus cool.

«Je me coupe les cheveux moi-même.»
Ça paraît.