Féminicide : après l’assassinat de sa famille, Cathy Thomas veut faire reconnaître la faute de l’Etat

Emilie Poyard

« Ma sœur n’est plus là pour raconter son calvaire. Je le fais pour elle », témoignait Cathy dans le magazine ELLE en novembre 2017. Le 4 août 2014, ses parents et sa sœur Isabelle sont poursuivis en voiture par l’ex de cette dernière, Patrick Lemoine. Il les abat tous les trois sur un parking de Grande-Synthe, dans le Nord. L’homme s’enfuit en Belgique puis se suicide en prison. Isabelle avait fait de nombreuses mains courantes, déposé des plaintes et alerté sur la dangerosité de Patrick Lemoine. Elle disait sa peur, pourquoi n’a-t-elle pas été entendue et secourue ? En 2016, Cathy Thomas porte plainte contre l'État pour défaillance grave des services judiciaires et policiers. C’est ce lundi après-midi que se tiendra l’audience devant le TGI de Paris. Le point avec Me Isabelle Steyer, l’avocate de Cathy Thomas.

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ELLE.fr. Cathy attaque l’Etat pour défaillance grave des services judiciaires et policiers. Il s’agit d’une procédure extrêmement rare ?

Me Isabelle Steyer. Oui, car les victimes ne l’utilisent pas, car il y a déjà tellement de procédures à mener de front qu’en ajouter une autre est très compliquée. Quand il y a un féminicide, il y a un juge d’instruction puis une cour d’assises puis souvent une cour d’appel. Quand il y a des enfants, il y a le juge des enfants pour leur placement, le juge aux affaires familiales pour les droits de visite voire les droits des grands-parents, la chambre de conseil pour la déchéance de l’autorité parentale, la cour d’appel dans certaines procédures, le juge des tutelles quand il faut un tuteur. Cela fait cinq juges, c’est énorme !

ELLE.fr. Pourquoi est-ce nécessaire pour Cathy de faire cette démarche ?

Me Isabelle Steyer. Car personne n’a jamais répondu à l’appel d’Isabelle ! Quand elle a déposé plainte, cela a été qualifié de « passionnel », quand elle montre ses traces de strangulation, on qualifie ça de « violences volontaires » et pas de « tentative de meurtre ». Quand Patrick Lemoine lui dit que, de toute façon, il la tuerait et se tuerait et que c’était « bien mérité » la strangulation, ils n’en tirent aucune conséquence. Quand il est placé sous contrôle judiciaire, il la suit, lui envoie des textos en disant qu’il ne lâchera jamais, qu’il allait se reposer mais...

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