“La Familia grande” de Camille Kouchner : le système de l’inceste

Fanny Marlier
·2 min de lecture
© Bénédicte Roscot/Le Seuil
© Bénédicte Roscot/Le Seuil

Ce fut un choix urgent, presque cathartique, et éminemment politique. Elle raconte son histoire, mais parle au nom de toutes les personnes touchées par l’inceste. Ces familles où l’omerta et le silence sévissent des années durant, toute une vie. “Regarde-moi, maman. C’est pour toutes les victimes que j’écris, celles, si nombreuses, que l’on n’évoque jamais parce qu’on ne sait pas les regarder.” C’est par ces mots bouleversants, couchés noir sur blanc dans une écriture ciselée, et destinés à une mère décédée en 2017, que Camille Kouchner conclut son récit, La Familia grande (Seuil), paru ce 7 janvier.

L’avocate et maître de conférences en droit privé de 45 ans publie un livre événement, imprimé en secret, dans lequel elle affirme que son frère jumeau a été victime, à l’adolescence, d’inceste de la part de leur beau-père, le constitutionnaliste habitué des médias (LCI, Europe 1) Olivier Duhamel. Dès la révélation de la sortie imminente du livre, et de son contenu, par le journal Le Monde, cet ancien député européen socialiste a mis fin à sa fonction de président de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP).

Il était par ailleurs président du conseil d’administration du Siècle, un célèbre réseau d’influence. Mardi 5 janvier, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire à son encontre pour “viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur un mineur de 15 ans” et “viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité”. Une procédure similaire avait été classée sans suite en 2011.

L'inceste est bien plus massif qu'on le pense

Depuis l’automne 2017, le mouvement MeToo a révélé l’ampleur des violences faites aux femmes et a déclenché une prise de conscience globale sur le harcèlement et les agressions sexuelles. Partout dans le monde, des femmes adultes ont témoigné et témoignent encore d’agissements subis sur leur lieu de travail ou dans l’espace public. Peu à peu, des récits douloureux d’enfants et adolescent·es s’y sont greffés. Adèle Haenel a accusé le réalisateur Christophe Ruggia d’attouchements et de harcèlement sexuel lorsqu’elle avait entre 12 et 15 ans.

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