Le film de genre, nouvel eldorado du cinéma français ?

Théo Ribeton
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© The Jokers
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Les palmarès les plus frais du moment rendent un signal unanime : dans les festivals de genre, on célèbre du français ; dans les festivals français, on célèbre du genre. Double prix pour La Nuée de Just Philippot (prix spécial du jury et prix d’interprétation féminine pour Suliane Brahim) au Festival international du film fantastique de Sitges.

Grand prix de la compétition française (ex aequo avec The Last Hillbilly de Diane Sara Bouzgarrou et Thomas Jenkoe) pour Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma au Festival international du flm indépendant de Bordeaux, ce même film qui avait début septembre créé la surprise au Festival du film américain de Deauville, volant la vedette à l’attendu Peninsula de Yeon Sang-ho, projeté le même jour – “Le loup-garou français mange les zombies coréens tout crus”, titrait alors Télérama.

Le premier installe dans la France rurale un thriller horrifique autour d’une exploitation de sauterelles en proie à de dangereuses mutations. Le second adapte, donc, le motif du loup-garou à une de ces contrées des Pyrénées catalanes où le bien réel loup gris s’est remis à rôder ces dernières années. Un pied dans le fantastique, un autre dans le naturalisme, tous deux croisent les doigts pour se faire remarquer dans l’agenda cinéma de l’automne-hiver (sortie le 4 novembre pour La Nuée et le 13 janvier pour Teddy), en dépit d’une exploitation sinistrée par le couvre-feu mais à la faveur, peut-être, de l’absence des mastodontes américains.

Un continent de cinéma proverbialement boudé par notre cinématographie

Ce sera aussi le cas de Comment je suis devenu super-héros de Douglas Attal (16 décembre), une incursion hexagonale dans le cinéma à grand spectacle, bien pourvue en stars (Pio Marmaï, Benoît Poelvoorde, Leïla Bekhti…). Tous peuvent espérer, parce que, au-delà de quelques délibérations de jury, c’est tout un climat favorable qui les porte – climat qui flotte dans l’air depuis trois ou quatre ans, a déjà permis leur écriture et leur mise en production, avant de peut-être bientôt leur offrir le succès.

Un continent de cinéma, proverbialement boudé par notre cinématographie, plus friande de drames deux pièces cuisine verbeux (on caricature), vivrait enfin son grand reflux. Le film de genre – mais qu’entend-on par film de genre ? Paradoxale unification du concept, par essence pluriel de genres, distinguant – bien plus qu’il ne les rassemble – les formes codifiées du western, de la comédie musicale, de la science-fiction, du polar, du film de cape et d’épée ou du merveilleux, la notion de “genre” a eu ces dernières années tendance à se confondre avec celle de cinéma fantastico-horrifique.

Elle recouvre un vaste paysage de cinéma à effets : “Tout ce que partout ailleurs on appelle cinéma, et que chez nous on appelle cinéma de genre”, résume ironiquement Thierry Lounas, cofondateur et directeur de la société Capricci, qui cumule des activités de production, de distribution, d’édition de presse (le magazine Sofilm) et de livres de cinéma.

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