Frànçois Atlas nous raconte sa “Banane bleue”, nouveau pas de côté pop et poétique

Franck Vergeade
·3 min de lecture
© Oihan Brière/Studio Zômpà&Zítü
© Oihan Brière/Studio Zômpà&Zítü

Dix ans exactement après E Volo Love, album solaire porté par le tube Les Plus Beaux, Frànçois Marry fête ses noces d’étain avec Domino, le label londonien de Laurence Bell dont il est toujours le seul artiste français (véritable exception culturelle dans un catalogue anglo-saxon), en faisant paraître Banane bleue, son septième LP. Bien qu’estampillé Frànçois & the Atlas Mountains, aucun musicien de son groupe à géométrie variable (du bassiste Amaury Ranger au batteur Jean Thévenin, qui l’accompagne toujours sur scène) ne figure paradoxalement au générique du successeur de Solide Mirage.

Déjà, en 2018, le natif de Saintes s’était échappé avec Les Fleurs du mal pour se “retrouver seul face au miroir de Baudelaire”. Ce disque solo marquait aussi le retour à Paris pour ce chanteur nomade, habitué à vivre à l’étranger (de Bristol à Bruxelles).

Associé au brillant Finlandais Jaakko Eino Kalevi, compagnon de label et producteur de Banane bleue, Frànçois a réalisé un enregistrement ambulant à Berlin et Athènes, à la recherche d’“un parfum romantique dans l’électricité européenne”. En ouvrant ses dix nouvelles chansons par The Foreigner, qui mélange cinq langues (grec, finnois, espagnol, italien et français) dans le texte, Frànçois affirme encore davantage son caractère polyglotte.

Dans ce disque d’errance contemplative (Par le passé, Lee-Ann & Lucie) et de souvenirs colorés (Julie, Holly Golightly), son auteur s’essaie autant à “une forme de naïveté douceâtre” (le single Coucou) qu’à la tournerie pop (Tourne autour, Revu). Hypersensible à la frénésie citadine, le futur quadragénaire a mal vécu ses trois années passées dans la capitale, repartant vivre dans une maison landaise près de la forêt et l'océan, ce qui n'est pas sans rappeler la pochette de Piano ombre. Pas étonnant quand on s’est fait connaître, en 2009, avec Be Water (Je suis de l’eau).

En lisant le titre de ton septième album, Banane bleue, impossible de ne pas songer à la phrase célèbre de Paul Eluard : “La terre est bleue comme une orange”

Frànçois Marry — Bien vu pour l’analogie, c’était exactement l’idée du décalage poétique recherché. Avec Banane bleue, j’ai volontairement choisi un fruit très commun et une couleur qui est souvent la plus partagée, du moins celle vers laquelle on s’oriente instinctivement. Derrière cette association, je songeais pêle-mêle à la banane de Warhol, à Bleu comme toi d'Etienne Daho, à la pochette d'I'm Your Man de Leonard Cohen, à La Banane de Philippe Katerine, au monochrome bleu d’Yves Klein, au sourire – avoir la banane – et au blues.

Dans ta discographie, tu as coutume d’accoler un nom commun et un adjectif épithète : Plaine inondable, Piano ombre, Solide Mirage, Banane bleue…

Rien n’est pourtant prémédité, mais j’ai un nom de groupe tellement long à prononcer qu’il faut que je sois succinct dans le titre des albums. Dans le cas de Banane bleue, je souhaitais exprimer ce trajet européen entre Paris, Berlin et Athènes. D’autant que j’ai enregistré le disque avec un Finlandais, Jaakko Eino Kalevi, alors que je suis plutôt latin dans l’âme.

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