Friedmann et Versace : les architectes les plus en vogue du moment

Spécialisé dans les lieux qui accueillent du public, le studio Friedmann et Versace signe la décoration de Bambini, l’un des restaurants les plus désirables de la rentrée. L’occasion de partir à la rencontre de ce duo, découvrir leur parcours, leurs projets et surtout piquer leurs tips. Décryptage.Elles sont pétillantes, enjouées, rieuses et on adorerait les avoir comme copines. Elles, c’est le duo d’architectes Friedmann et Versace qui affole Paris depuis peu. Derrière l’association de leurs patronymes un peu intimidant (entre maison de haute couture italienne et programme immobilier de luxe) se cache la discrète Delphine Versace et la plus bavarde Virginie Friedmann à la voix cassée. Malgré leur jeune existence (le studio n’a que trois ans) on leur doit déjà plusieurs restaurants comme Bistrot Rougemont, Baby Doll, Ferrona ou encore Boria. Leur dernier bébé ? Bambini, le restaurant italien du Palais de Tokyo dans le 16e arrondissement. Ne vous méprenez pas, on est bien loin de la énième et classique, voire ennuyeuse, cafétéria de musée. Ici les gens viennent autant pour la carte que le décor, quitte à faire de l’ombre aux expositions en cours.À lire aussi >> 22 adresses design incontournables à Paris cet automneBambini, un hommage à une Italie rêvée Pas facile d’aménager un plateau aussi grand, froid que celui-ci. Il aura fallu appréhender les volumes, les partitionner, les redimensionner et faire fi de l’idée de départ de créer un lieu contemporain, limite brutaliste. Les propriétaires (Paris Society, à qui l’on doit récemment les tables tendances Girafe, Mun ou CoCo à Paris notamment) veulent qu’il soit chaleureux et accueillant. Ce sera donc farniente et dolce vita. Quatre mains et un double regard aiguisé se penchent sur le projet.Une fois imprégnée des lieux, la magie du duo opère. En quinze jours l’histoire s’écrit, les ambiances naissent et les espaces s’affinent. Il est alors temps de la penser plus en détail. Les matières et matériaux se dessinent peu à peu. C’est décidé, il y aura du rotin, en hommage à Grabrielle Crespi et au design italien des années 50-60. Dès l’entrée une ambiance rétro s’empare donc inexorablement de nous. Un (faux) citronnier XXL (seule et douloureuse concession à leur amour des vrais matériaux) nous dirige vers un jardin d’hiver semblant donner sur le Lac de Côme, point de vue idéalisé pour regarder naviguer les Riva imaginaires en contrebas. Puis, comme dans une maison, les atmosphères se dévoilent, s’enchaînent pour nous conduire jusqu’au bout de la nuit. Avec au fond, le bar à cocktail, sur son estrade qui nous attend. Les pièces qu’on imagine chinées sont de leur fait, avec toujours cette empreinte d’une autre époque. Gio Ponti ou encore Carlos Scarpa leur inspirent des luminaires créés de toutes pièces. Il aurait été trop long, fastidieux voire impossible d’en réunir autant en si peu de temps. Qu’à cela ne tienne, elles les font fabriquer. « Notre but c’était de donner cette impression qu’on les avait trouvés » précise Delphine Versace. Comment y parvenir quand les savoir-faire s’évaporent avec le temps ? « On fait appel à des artisans qui ont plus de cinquante ans d’expériences mais qui souvent sont incapables de reproduire des techniques anciennes d’un point de vue budgétaire ou parce qu’ils ont perdu un certain savoir-faire » regrettent-elles de concert. « Je crois qu’ils nous en veulent à Venise maintenant » lâche Virginie Friedmann dans un éclat de rire. Et Delphine de poursuivre : « on a fait tellement d’allers-retours. Parfois les prestataires on les use un peu, mais bon, le résultat en vaut la peine » s’en amuse-t-elle. Bien avant d’en arriver là et d’offrir du plaisir aux amateurs de belles choses, il y a eu une rencontre. Celle de ces deux personnalités complémentaires, qui se challengent au quotidien pour se satisfaire l’une et l’autre jusqu’à trouver l’équilibre et finir, à tour de rôle, les phrases commencées par la précédente.La genèse d’une rencontreCe n’est pas sur les bancs d’une école d’architecture que la rencontre se déroule, mais bien plus tard, à un âge où les parcours de vie s’affinent et se réorientent. Après des études aux Beaux-Arts et nourrissant une appétence toute particulière pour l’art contemporain, Delphine se dirige rapidement vers l’architecture d’intérieur. Son domaine de prédilection ? Les lieux ouverts au public. Elle a tout de suite adhéré à ce type de projets car ils sont « courts et denses dus aux contraintes d’ouvertures » confesse-t-elle. C’est chez Michael Malapert, un studio spécialisé dans ce type de chantiers, qu’elle fait ses classes en tant que cheffe de projet. Et c’est là aussi qu’elle y croise le chemin de Virginie. Cette dernière vient d’opérer un changement de vie. Après une carrière dans la scénographie, vouée à mettre en lumière marques et produits de luxe ou de design dans des mises en scène éphémères, elle aspire désormais à « faire en sorte que cela dure plus longtemps […] avec des constructions qui ont plus de sens » avoue-t-elle. Elles travaillent alors ensemble sur des projets avec des clients comme le Club Med. Puis, de son côté Delphine se lance en indépendante. Virginie qu’il l’était déjà, fait appel à elle. Plus technicienne et déjà bien aguerrie à la maîtrise de l’acoustique, elle l’aide dans la réalisation d’un bar. L’alchimie prend. C’est alors qu’elles se disent « Allons-y, lançons le studio ! » Friedmann et Versace vient de voir le jour. Désormais, c’est à quatre mains qu’elles vont opérer. Un style, une patte s’affirme, même si elles n’aiment pas trop ce terme et ont du mal le définir.Un fil conducteur entre chaque projet plus qu’un style ?« On fait attention, au contexte. On fait attention au client. On ne s’attache pas à un style fixe même si effectivement tout le monde nous dit qu’il y a une patte, un fil rouge entre nos différents chantiers. Ce n’est pas ce que l’on met en avant. On ne se dit pas, « Tiens, on a quatre matériaux qu’on aime ». Notre démarche c’est d’avoir une attitude face à chaque projet, on s’adapte vraiment à la personne, à la carte, au lieu, à l’histoire. »Et si c’était ça la clé de leur succès ? Avec ces quelques mots, Virginie pointe du doigt leur vision de la décoration. Une démarche jusqu’au-boutiste qui les amène parfois à réaliser en plus l’identité visuelle de la carte, choisir la vaisselle ou concevoir l’empreinte sonore des lieux qu’elles (re) décorent. Ainsi, un vrai écosystème se crée-t-il, racontant une histoire et mettant un point final au projet. Leur plaisir et leur ambition restent cependant de combler les autres et d’« arriver à faire un lieu qui va ressembler à nos clients et dans lequel les gens vont se sentir bien ». Pour cela, elles chinent, jouent les archéologues chez les différents éditeurs de tissus de la place de Paris, se nourrissent de leurs illustres aînés, cherchent constamment de nouvelles marques, de nouvelles matières pour créer la différence et s’éloigner « un peu plus loin des standards » s’enorgueillit Delphine. Et les matières, c’est leur truc. Elles les mêlent, les façonnent, les appréhendent jusqu’à passer des heures à choisir le bon diamètre, la bonne combinaison de couleurs des franges qui composeront l’abat-jour d’une lampe. Surtout elles aiment associer des matériaux nobles avec des plus artisanaux. La paille et le laiton. Le tissu et le plâtre. Alors, quand on cherche à en savoir plus malgré tout sur leur style, c’est toujours cette réponse qui revient : associer matière et matériaux.Adopter le style Friedmann & Versace chez soiEn creusant, rapidement des points communs commencent à se dessiner, liants ainsi leurs réalisations entre elles. Les couleurs sourdes, le vert et surtout sa déclinaison « Thé de Chine » (Ressource) se font comme une évidence. « C’est vrai, on l’adore celui-là » ironise Virginie. Et si on voulait faire enter un peu de leur univers chez nous, il faudrait alors oser mélanger les styles, les époques, les formes, le mat et le brillant tout en conservant une élégante harmonie intemporelle, discrète et surtout pas tape à l’œil. Penser aussi à multiplier les sources de lumière de proximités avec des lampes à poser ou des lampadaires mais pas de suspensions. Ne pas se précipiter non plus dans l’achat de tel ou tel objet. Prendre son temps, trouver celui qui saura raconter une histoire, donner de l’âme, du sens et au final faire la différence.Nourrir leur singularité d’architectes« C’est important de ne pas aller dans des maisons musées, standardisées mais on tend à ça avec les réseaux sociaux » déplore le duo. Peu importe, entre resto et résidentiels, elles ont de quoi défendre leurs différences encore longtemps, car des projets elles n’en manquent pas. Leur rêve ultime ? La conception d’un hôtel. Pas seulement pour imaginer des chambres, mais plutôt une expérience globale. Faire un endroit où l’on se sentirai bien et où on aurait envie d’y séjourner le plus longtemps possible. Un lieu pour se croire un instant, comme à la maison, sorte de Château Marmont du XXIe siècle. Et pourquoi pas en Italie, à Rapallo, où ce vieil hôtel abandonné aux murs ocre, aux grandes persiennes avec sa vue mer ravive tous leurs fantasmes. Avant, c’est à Megève que le vent les pousse pour une version chalet de leur Bambini qui devrait ouvrir à la fin d’année. En attendant de pouvoir un jour s’offrir une de leurs créations car oui, « on est dessus mais ça prend du temps de créer sa propre ligne de mobilier. On veut être sûre que ça tienne la route » conclue virginie. Et nous on a hâte.

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