Game of thrones : un succès qui ne doit rien au hasard

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Pourquoi tel roman rencontre son public et tel autre non ? Pourquoi telle saga de fantasy ne séduit qu’un public restreint alors que telle autre devient un phénomène mondial ? C’est l’objet d’une étude qui s’est intéressée aux raisons du succès du « Trône de fer », la série de romans à l’origine de la série télé « Game of thrones ».

Le phénomène est planétaire : George R.R Martin a vendu plus de 85 millions d’exemplaires des cinq tomes de sa saga à l’intrigue complexe, qui se déroule dans un monde imaginaire où se mélangent créatures mythiques, système féodal et rivalités en tous genres, avec un très (très) grand nombre de personnages. Les ventes ont été dopées par l’adaptation de la saga pour la télévision (le dernier épisode de la dernière saison de « Game of thrones », en mai 2019, a été visionné par 19,3 millions de téléspectateurs).

Nombre de Dunbar

Au-delà des fans de fantasy, le succès de la saga n’avait rien d’évident. Et pourtant, il a été largement au rendez-vous. Est-il possible de l’expliquer ? Si oui, comment ? C’est la tâche à laquelle se sont attelés des physiciens, mathématiciens et psychologues de cinq universités britanniques et irlandaise*, en utilisant des techniques issues des sciences des données et de la théorie des réseaux. C’est donc avec une méthode toute scientifique que ces chercheurs ont tenté de comprendre ce phénomène littéraire, en analysant notamment les interactions entre les personnages.

Et il y en a beaucoup : dans les romans de George R.R Martin, plus de 2 000 personnages sont mentionnés. Les auteurs de l’étude, publiée dans la revue américaine Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), ont comptabilisé un total de 41 000 interactions entre eux. Premier enseignement : chacun des personnages – secondaires comme principaux – entretient en moyenne des relations sociales avec environ 150 autres personnages. Ce nombre correspond en tout point au nombre maximum d’individus avec lesquels une personne peut interagir dans la vie réelle (nombre de Dunbar, du nom de l’anthropologue britannique à l’origine de cette découverte, et qui a participé à l’étude). Une limite liée à la taille de notre cerveau.

Péripéties contrôlées

Autre élément mis en évidence par les chercheurs : la propension de George R.R Martin à « tuer » ses personnages principaux, le plus souvent au moment où on s’y attend le moins, ne relève pas non plus du hasard. Le rythme avec lequel ces événements inattendus surgissent dans le récit est également très similaire à celui dont les péripéties de la vie quotidienne ponctuent nos existences, heureusement de manière moins dramatique.

Conclusion des auteurs : la force de George R.R Martin réside dans le fait de mélanger réalisme et imprévisibilité, d’une manière « engageante cognitivement». Pour le Pr Dunbar, « cette étude offre des preuves convaincantes que les bons écrivains travaillent en tenant très soigneusement compte des limites psychologiques du lecteur ». Et que derrière une intrigue apparemment désordonnée et foisonnante se cachent une structure et un mode relationnel finalement très proches de la réalité.

*Universités de Cambridge, Oxford, Coventry, Warwick et Limerick