Gastronomie : stop aux machos des fourneaux

Le milieu de la restauration est l’un des plus sexistes qui soient. La faute à l’Histoire, aux guides gastronomiques, aux cuisiniers et peut-être même aux médias. 
Mais les choses bougent, grâce à des cheffes militantes qui bousculent les mentalités et inaugurent des tables formidables.

La scène se passe à Paris, le 16 septembre, lors des premiers #50 BestTalks organisés dans la capitale. Thème de cette journée, qui rassemble le gratin mondial de la gastronomie : « Au-delà des frontières ». Pour en débattre, cinq chefs figurant dans le classement des 50 meilleurs restaurants du monde, interviewés par Eric Brunet : Mauro Colagreco, Bertrand Grébaut, Romain Meder, Alain Passard, Yannick Alléno. Ils devisent aimablement jusqu’à ce que, dans le public, l’Italien Fulvio Zendrini, journaliste et enseignant à l’université Bocconi de Milan, mette les pieds dans le plat : « Si la cuisine abolit les frontières géographiques, elle ne supprime visiblement pas celles du genre. Pourquoi n’y a-t-il aucune femme chef sur scène ? » Les maîtres queux bafouillent, s’enlisent dans des réponses au mieux maladroites, au pire phallocrates. Alléno se fend même d’une phrase dont il s’excusera plus tard : « On n’y peut rien si l’ADN des femmes, c’est d’enfanter. » Ça siffle, ça hue dans la salle. Eric Brunet interpelle alors Hélène Pietrini, directrice des World’s 50 Best Restaurants, sur le nombre de femmes dans son top 50. « Il n’y en a pas assez », reconnaît-elle. Doux euphémisme : il y en a cinq. Et pas une en France. « Le guide Michelin » fait pire, puisque seules 3,5 % des tables étoilées dans l’Hexagone sont menées par des cheffes !

Dans la gastronomie, les femmes sont invisibles, dévalorisées, sous-payées

Une situation qui ne date pas d’hier. Car si les femmes ont toujours nourri l’humanité dans la sphère domestique, les hommes s’attribuent les casseroles professionnelles depuis l’Antiquité. D’Apicius à Carême, dès qu’il s’agit de régaler les puissants, ce sont eux qui mettent la main à la pâte. Ils forment des(...)


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