Haut-Karabakh: après la fin des combats, un no man’s land nommé Füzuli

·3 min de lecture

Quinze jours après la fin des hostilités dans la région du Haut-Karabakh, l’Azerbaïdjan reprend progressivement possession des territoires perdus face à l’Arménie dans les années 1990. Gros plan sur Füzuli, l’un des districts repris par la force par les troupes azerbaïdjanaises à la mi-octobre.

De nos envoyés spéciaux à Füzili, Vincent Souriau et Jad El Khoury

Füzuli fait partie des sept districts sanctuarisés par l’Arménie dans les années 1990 pour servir de périmètre de sécurité autour du Haut-Karabakh. Une zone tampon visant à freiner les tentatives de reconquête par l’Azerbaïdjan.

Sur des dizaines de kilomètres, on n'y trouve pas une maison, pas un habitant, pas un petit commerce ou un élevage de bétail. L’essentiel du territoire de Füzuli prend la forme d’une immense plaine vide et caillouteuse, qu’en l’espace d’une trentaine d’années l’Arménie n’a jamais cherché à repeupler.

Des tanks éventrés par des tirs de drones

Le 17 octobre, l’Azerbaïdjan en a repris le contrôle, après trois semaines de combat dont on voit encore les stigmates. Des carcasses de tanks arméniens éventrés par les tirs de drone, des ambulances renversées dans les fossés, des véhicules calcinés et abandonnés au bord de la route, qui traduisent l’inégalité des forces en présence.

►À lire aussi : Avec le cessez-le-feu, des Arméniens de retour au Haut-Karabakh pour vider leur maison

Le matériel arménien qui gît dans la région date de l’époque soviétique, comme ces chars de combat T72 carbonisés, dont nous avons vu plusieurs exemplaires. Ce modèle, mis en service par les Russes en 1973, a plus de 40 ans et n’a pas tenu le choc face à l’offensive azerbaïdjanaise.

Car le gouvernement de Bakou a dépensé près de 25 milliards de dollars ces dix dernières années pour moderniser son équipement militaire et mettre à niveau ses compétences, notamment par l’entraînement de ses forces spéciales avec l’aide de la Turquie et l’achat de drones israéliens. Cet investissement massif s’est révélé décisif pendant le conflit.

Gigantesque chantier de reconstruction

La reprise de Füzuli signifie-t-elle pour autant que les populations chassées par l’Arménie dans les années 1990 vont se réinstaller sur place ? C’est le discours officiel martelé par Ilham Aliyev, le président de la République d’Azerbaïdjan. Et c’est aussi ce que nous ont affirmé plusieurs personnes rencontrées à l’entrée de la ville de Füzuli, qui a donné son nom au district. Ces Azerbaïdjanais habitaient ici jusqu’à l’arrivée des forces arméniennes en 1993. Pour la première fois ce matin, ils ont été autorisés à revenir sur les lieux de leur ancien domicile après 30 ans d’occupation arménienne.

Nous les avons rencontrés sous l’égide de l’armée d’Azerbaïdjan. Leur témoignage est donc à prendre avec précaution. Mais leur émotion semble sincère. Alors même qu’ils sont âgés de plus de 60 ans, ils disent tous rêver de revenir au plus vite et certifient que cela sera possible d’ici un à deux ans. Vu l’état des lieux, c’est impensable à si court terme, car si vraiment l’Azerbaïdjan veut réinstaller des milliers d’habitants à Füzuli, il lui faudra déminer, reconstruire les murs et les infrastructures, créer de l’emploi et de l’activité économique. Un chantier gigantesque qui, d’après certains observateurs, pourrait durer une décennie.